Escalade du discours médiatique sioniste : de la critique à la délégitimation de la cause palestinienne

Par Kahina Hammoudi
L’Agence de presse et d’information palestinienne (Wafa) a fait état, dans son rapport hebdomadaire, d’une escalade du discours incitatif et raciste au sein des médias sionistes ainsi que dans les publications de responsables de l’entité sioniste sur la plateforme X, durant la période du 2 au 8 août, marquée par la poursuite du ciblage de la direction palestinienne, des prisonniers et des citoyens palestiniens, ainsi que par des tentatives visant à délégitimer la cause palestinienne et à effacer le lien du peuple palestinien avec l’histoire et le patrimoine de sa terre.
Selon ce 476e rapport hebdomadaire de Wafa, les principales caractéristiques du discours observé se traduisent notamment par des appels à la dissolution de l’Autorité nationale palestinienne ou à l’abolition de son rôle politique et institutionnel, ainsi que par l’attribution systématique de l’accusation de «terrorisme» aux Palestiniens.
Le rapport met en avant plusieurs articles publiés dans des organes de presse sionistes, dont Israel Hayom, Makor Rishon et Yedioth Ahronoth, dans lesquels l’agence relève différentes formes de délégitimation de la direction palestinienne et de la mémoire historique palestinienne. Parmi les contenus recensés figure un article d’Israel Hayom appelant directement à la dissolution de l’Autorité palestinienne, présentée comme constituant un «danger existentiel», tandis que d’autres publications s’en sont prises à Wafa elle-même, l’accusant d’incitation.
Le patrimoine palestinien visé par une entreprise de réécriture
Le rapport souligne que la question du patrimoine et des vestiges archéologiques est devenue l’un des axes centraux du discours sioniste. Il cite notamment un article de Makor Rishon accusant l’Autorité palestinienne de chercher à «effacer l’histoire juive» en Cisjordanie occupée, allant jusqu’à comparer son activité au sein de l’UNESCO à celle de l’organisation Daech, tandis que le contrôle exercé par l’occupation sur les sites archéologiques et l’expansion de la colonisation qui l’entoure sont présentés comme des mesures de «protection du patrimoine».
Le rapport évoque par ailleurs des déclarations attribuées à la directrice générale du ministère sioniste du Patrimoine, Eiti Grenek, relatives à un plan visant le développement d’environ 150 sites archéologiques en Cisjordanie occupée, pour un investissement estimé à près d’un demi-milliard de shekels sur cinq années, incluant un projet de transformation du site de Sébaste en pôle touristique international.
L’agence palestinienne estime que ce discours vise à inscrire le contrôle sioniste sur les sites archéologiques et l’expansion coloniale dans un registre de «protection du patrimoine», au détriment de la mémoire palestinienne et du droit du peuple palestinien à définir son propre héritage historique.
Une rhétorique d’incitation relayée au plus haut niveau
Le rapport de Wafa a également recensé plusieurs publications de responsables sionistes sur la plateforme X, parmi lesquelles celles du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, du chef de la diplomatie, Gideon Sa’ar, ainsi que du chef du gouvernement, Benjamin Netanyahou, en sus de plusieurs membres de la Knesset.
Wafa relève, dans les publications de Ben Gvir, un recours systématique à la terminologie du «terrorisme» pour qualifier les actes des Palestiniens, ainsi que des appels au durcissement des sanctions contre les prisonniers palestiniens et les résidents des territoires occupés dépourvus d’autorisation, en sus de prises de position en faveur de la colonisation de la bande de Gaza. Les publications de Smotrich, quant à elles, ont porté sur la situation sécuritaire ainsi que sur le soutien à des investissements sionistes dans les sites patrimoniaux de Cisjordanie occupée, dans le cadre d’un discours prônant le renforcement de ce qu’il qualifie d’«identité juive» de ces lieux.
Le rapport note toutefois l’existence de contenus médiatiques sionistes ayant adopté des positions divergentes, certains articles ayant reconnu l’escalade des violences des colons et l’accaparement de terres en Cisjordanie occupée, tout en les inscrivant dans un cadre de mise en équivalence avec les actes de résistance palestinienne.
Wafa conclut que ce suivi hebdomadaire met en évidence le glissement d’une partie du discours sioniste, de la simple critique des positions palestiniennes vers un ciblage direct de la légitimité nationale et politique du peuple palestinien, parallèlement à une tentative de redéfinir le différend autour des sites archéologiques comme une bataille portant sur l’histoire, la propriété et l’appartenance à la terre.
Une situation humanitaire qui continue de se dégrader
Ce rapport intervient dans un contexte marqué par la poursuite de l’agression sioniste contre la bande de Gaza, qui continue de faire un lourd tribut de victimes et de provoquer des destructions massives touchant les zones résidentielles et les infrastructures civiles.
En Cisjordanie occupée, les incursions, arrestations et démolitions se poursuivent, dans un contexte marqué par l’intensification de la colonisation, la confiscation de terres palestiniennes et la multiplication des agressions des colons contre les habitants et leurs biens. La mosquée Al-Aqsa, à Al-Qods occupée, continue par ailleurs de faire l’objet d’incursions répétées de colons sous la protection des forces d’occupation, dans le cadre d’une entreprise visant à imposer de nouveaux faits accomplis et à modifier le statu quo historique et juridique en vigueur sur ce lieu saint.
K. H.




