En prévision d’une mission d’entreprises: Le patronat français relance le dialogue économique avec l’Algérie

Par Lynda.N

Le Medef International réunira mardi 17 février son Conseil d’entreprises France-Algérie en présence de l’ambassadeur Stéphane Romatet, rappelé à Paris depuis avril 2024.

L’organisation patronale évoque un « réchauffement progressif » des relations et envisage l’envoi d’une délégation d’entreprises à Alger.

Le Medef International a convoqué pour mardi 17 février une réunion de son Conseil d’entreprises France-Algérie, présidée par Yannick Morillon, directeur général de CIS (Catering International & Services).

L’invité principal est Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, qui se trouve à Paris depuis son rappel pour consultations par Emmanuel Macron en avril 2024, dans un contexte de crise diplomatique entre les deux pays.

Dans son communiqué, le Medef reconnaît que la relation politique bilatérale a traversé “une phase de tension aiguë” depuis l’été 2024, mais insiste sur la solidité des relations d’affaires.

Les exportations françaises vers l’Algérie ont dépassé 5 milliards d’euros en 2024.

L’organisation patronale qualifie l’Algérie de “partenaire économique majeur pour la France en Afrique du Nord”, soulignant les perspectives dans l’énergie, les infrastructures, l’agroalimentaire, la santé et la transition numérique.

Troisième économie du continent avec un PIB de 260 milliards d’euros, une croissance de 3,7 % et un marché de 47 millions d’habitants, le pays reste un débouché de premier plan pour les entreprises françaises.

Un an de blocage

La réunion marque un tournant après plus d’un an d’interruption des contacts institutionnels entre les patronats des deux pays. En avril 2025, le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) avait annulé une rencontre prévue avec le Medef à Paris.

La raison invoquée étaient que les autorités françaises avaient dissuadé Rodolphe Saadé, patron de CMA CGM, de se rendre à Alger pour concrétiser un projet d’investissement portuaire à l’invitation du président Tebboune.

Michel Bisac, président de la Chambre de commerce algéro-française, avait alors déploré que la politique avait fini par contaminer l’économie.

La crise diplomatique avait été déclenchée à l’été 2024 par le soutien de Paris au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.

L’Algérie avait déclaré l’ambassadeur Romatet persona non grata après sa participation à un documentaire diffusé sur France 2, jugé offensant par Alger.

Les deux pays avaient procédé au rappel simultané de leurs ambassadeurs et à l’expulsion d’agents consulaires.

Des signaux de dégel

Le Medef s’appuie sur ce qu’il décrit comme des “visites bilatérales récentes de hauts fonctionnaires” pour évoquer un réchauffement.

La plus visible a été celle de Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, fin janvier à Alger.

Reçue par le président Tebboune, elle a rencontré des chefs d’entreprise, visité la Chambre de commerce algéro-française et obtenu l’autorisation de rendre visite au journaliste français Christophe Gleizes, détenu et condamné à sept ans de prison.

De retour à Paris, elle a estimé sur TF1 que “tout est rompu” entre les deux pays et alerté, avec Michel Bisac, sur les “risques réels” pour la France de perdre définitivement le marché algérien au profit de concurrents turcs, chinois et européens.

Tebboune, interrogé le 8 février sur les relations avec la France, a refusé de s’étendre sur le sujet, se contentant de saluer le “courage” et l’”honnêteté intellectuelle” de Royal.

Sur la venue éventuelle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui a posé des conditions préalables à sa visite, le président algérien a simplement répondu: “S’il veut venir, il est le bienvenu.”

Pour ce qui est de la réunion de mardi, il s’agit, selon le communiqué, d’évaluer les retombées du réchauffement diplomatique sur les affaires, de présenter les opportunités d’investissement en Algérie et surtout de préparer l’envoi d’une mission d’entreprises à Alger.

Une perspective qui aurait été difficilement envisageable il y a quelques mois.

L.N

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page