Ebola, choléra, rougeole… Pourquoi la RD du Congo est-elle autant frappée par certaines épidémies?

Par Youcef.O
En République Démocratique du Congo, une nouvelle vague de choléra inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le pays est touché par de nombreuses maladies endémiques, à cause de facteurs environnementaux et sécuritaires.
Déjà touchée par une vague d’épidémie meurtrière d’Ebola, la République démocratique du Congo connaît une flambée de choléra.
D’après un rapport interne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 39.483 cas suspects et 1.173 décès ont été enregistrés entre les semaines 1 et 32 de 2026. Au total sur cette période, la létalité de l’épidémie s’établit à 2,97%.
Confronté aux données de 2025, ce bilan observe une légère baisse des cas et des décès: 46.661 cas suspects et 1.412 décès avaient été enregistrés. L’épidémie de choléra n’est pour autant pas contrôlée en RD Congo où l’OMS constate une tendance à la hausse sur les quatre dernières semaines.
Le rapport notifie aussi la reprise de la maladie dans deux zones après huit semaines sans cas suspect signalé. Sept cas ont été signalés à Isangi, dans la province de la Tshopo, et un cas à Nyunzu, dans la province du Tanganyika.
Le choléra sévit de manière fréquente en RD Congo où les maladies endémiques sont nombreuses.
Malgré la diminution générale du paludisme depuis le début des années 2000, le pays concentre encore 12% des cas dans le monde, d’après un rapport de l’OMS de 2019.
La RD Congo est aussi sujette à des épidémies de rougeole depuis des décennies. Particulièrement mortelle chez les enfants, le risque encouru par la maladie pourrait être réduit de moitié grâce à la vaccination, selon l’ONG médicale Médecins sans frontières.
Les fièvres hémorragiques, comme la fièvre jaune, représentent également une menace constante pour les Congolais. En ce qui concerne Ebola, l’OMS a déclaré, le 17 mai dernier, une urgence de santé publique de portée internationale, son deuxième niveau d’alerte le plus élevé. L’épidémie qui touche actuellement le pays est désormais la plus meurtrière qu’elle ait jamais connue.
Une détection des cas retardée
Ces épidémies trouvent leur récurrence dans divers facteurs environnementaux et biologiques, selon bon nombre d’analystes. Le climat tropical du pays et ses denses forêts permettent le développement de réservoirs naturels exceptionnels qui abritent des espèces animales portant naturellement des virus comme Ebola.
Le système de santé fragile en RD Congo ne parvient pas à freiner, de manière efficace, la prolifération des épidémies. L’absence de vaccin contre Bundibugyo, la souche actuelle de l’épidémie d’Ebola, est une grande source d’inquiétude.
La prise en charge médicale repose donc principalement sur des soins de guérison comme la réhydratation des cas. Les outils diagnostiques du virus ne sont pas non plus compatibles avec cette nouvelle souche, compliquant la détection des malades. D’après la BBC, des chercheurs estiment que la dernière vague d’Ebola a débuté en février, soit des mois avant qu’elle ne soit déclarée.
Mi-août, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont appelé à un déploiement élargi du vaccin Ervebo, même si celui-ci ne s’est pas révélé efficace que contre le virus Zaïre.
D’après Africa CDC, il s’agit de «la seule stratégie vaccinale actuellement disponible». Dans la foulée, l’OMS a annoncé l’envoi de 70.000 doses du vaccin.
La guerre à l’est complique la lutte contre les maladies endémiques
Le contexte sécuritaire dans l’est de la RD Congo est aussi un facteur qui complique la lutte contre l’épidémie. L’Ituri abrite le foyer principal de l’épidémie d’Ebola. La région est marquée par les violences armées qui provoquent le déplacement de populations et l’incapacité, pour les équipes médicales, d’accéder à certaines zones.
Le déplacement de centaines de milliers de personnes rendent alors très difficile le contrôle des épidémies. Les médecins peinent à retracer les chaînes de contamination et donc à isoler les personnes touchées.
Dans le rapport de MSF annuel portant sur 2025, l’organisation explique que les combats dans l’est du pays ont retardé les campagnes de vaccination et compliqué l’acheminement du matériel médical.
La fermeture des aéroports de Goma et de Bukavu a bloqué la principale voie d’acheminement vers l’est de la RD Congo des vaccins habituellement transportés depuis Kinshasa.
Pour lutter contre la prolifération des épidémies, l’OMS préconise de remettre à flot les centres et unités de traitement dans les zones signalant le plus de cas, de poursuivre la chloration de l’eau, la désinfection des ménages et la sensibilisation communautaire.
Y.O




