Deepfakes et guerre cognitive : quand une rumeur peut perturber un conflit

Par Nadera Rebiai 

L’essor rapide de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives technologiques considérables, mais il expose aussi les sociétés à un risque majeur : la désinformation automatisée. Images truquées, vidéos manipulées et discours synthétiques alimentent désormais un nouveau front dans les conflits contemporains : celui de la guerre informationnelle.

Dans l’émission L’Afrique en marche, le juriste en droit international et consultant Arnaud Develay met en garde contre l’usage croissant de l’IA dans la fabrication de contenus trompeurs. Selon lui, ces technologies s’inscrivent déjà dans le « brouillard de la guerre cognitive », un espace où l’information devient une arme stratégique capable d’influencer la perception des événements et le comportement des acteurs politiques.

La rumeur de l’assassinat de Netanyahou

Un épisode récent illustre parfaitement ce phénomène, une vidéo virale montrant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou prononçant un discours sur la guerre contre l’Iran a suscité une vague de spéculations sur les réseaux sociaux, à la dixième seconde, certains internautes ont relevé une anomalie visuelle : la main du dirigeant semblait comporter six doigts, un défaut fréquemment associé aux images générées par intelligence artificielle.

Ce détail a rapidement alimenté l’idée que la vidéo était un deepfake et que le chef du gouvernement israélien aurait été assassiné.

Un impact immédiat sur la perception du conflit

Même si la rumeur s’est révélée fausse, ses effets ont été immédiats. Dans un contexte de tensions militaires entre Israël et l’Iran, l’idée d’un assassinat du Premier ministre israélien a provoqué un moment de confusion stratégique.

Sur les réseaux sociaux, certains observateurs ont évoqué un possible vide de pouvoir au sommet de l’État israélien, tandis que d’autres spéculaient sur une escalade militaire imminente.

Une nouvelle arme de guerre hybride

Pour les spécialistes de la sécurité informationnelle, ces manipulations constituent désormais une véritable arme stratégique. Une simple rumeur, amplifiée par l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, peut désorienter l’opinion publique, semer la confusion chez les observateurs et perturber la lecture d’un conflit.

Dans une guerre où l’information circule à la vitesse des algorithmes, quelques minutes de doute peuvent suffire à semer l’incertitude dans l’analyse de la situation. Désormais, dans les guerres modernes, les combats ne se déroulent plus uniquement sur le terrain militaire : ils se jouent aussi dans l’espace numérique, où les images, les récits et les perceptions deviennent des instruments d’influence.

À mesure que l’intelligence artificielle progresse, la question n’est plus seulement de savoir qui contrôle la trajectoire d’un missile, mais aussi qui contrôle la réalité perçue par le monde.

— Synapse, quand l’actualité rencontre la conscience.

N.R.

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