Ceuta : l’étau se resserre sur le Maroc après une nouvelle plainte en Espagne

La pression judiciaire s’intensifie contre le Makhzen, avec plusieurs plaintes déposées contre des responsables marocains soupçonnés d’être derrière les vagues de migration irrégulière massive vers Ceuta. Un dossier qui pourrait relever de crimes portant atteinte à la sûreté de l’État espagnol, selon des enquêtes menées par l’Audience nationale (Audiencia Nacional).
Le parti espagnol « Iustitia Europa » a été le premier à saisir la justice, en déposant une plainte devant l’Audience nationale accusant les autorités marocaines d’avoir facilité ces vagues de migration irrégulière vers Ceuta. Le parti estime que ces faits relèvent de crimes contre la sûreté de l’État espagnol, ainsi que de possibles faits de traite d’êtres humains et d’organisation criminelle derrière ces passages massifs depuis les côtes marocaines.
Face à la gravité des accusations, l’Audience nationale a engagé une procédure préliminaire : la juge María Tardón a chargé les services de sécurité de préparer un rapport technique et sécuritaire détaillé, afin de déterminer si l’afflux de milliers de migrants depuis les côtes marocaines s’est fait de manière coordonnée et organisée, et si les faits relèvent de la compétence de cette juridiction spécialisée dans les affaires graves et transfrontalières.
Une deuxième plainte, portée par une association
Les démarches judiciaires ne se sont pas arrêtées là : l’association espagnole « Hazte Oír » a également déposé une plainte devant l’Audience nationale contre des responsables marocains, accusant le Makhzen d’être à l’origine d’actes pouvant constituer des crimes graves contre la sûreté de l’État espagnol, et réclamant l’ouverture d’une enquête judiciaire complète pour identifier les responsables de ce qu’elle qualifie d’opération coordonnée visant à faciliter l’afflux de milliers de migrants irréguliers vers Ceuta.
Selon le journal espagnol The Objective, cité mardi, l’association a demandé à se constituer partie civile dans l’enquête supervisée par la juge María Tardón. Elle affirme avoir mené une enquête de terrain par l’intermédiaire de ses avocats à Ceuta, qui aurait permis de repérer des individus liés aux services de renseignement marocains à proximité du poste-frontière d’El Tarajal — un élément qui, selon elle, renforce l’hypothèse d’une coordination préalable derrière cette vague de passages massifs depuis les côtes marocaines.
La plainte vise en particulier plusieurs responsables marocains, dont Fouad Ali El Himma, désigné par l’association comme le « cerveau présumé » de l’opération. Elle demande également une enquête sur l’éventuelle implication de responsables et de services de sécurité marocains dans l’organisation ou la facilitation du passage massif de migrants marocains en situation irrégulière vers Ceuta.
Demande de préservation des preuves
Pour appuyer l’enquête, l’association a demandé la préservation des enregistrements de vidéosurveillance, des relevés de communications et des ordres opérationnels, ainsi que de l’ensemble des échanges avec le Maroc durant la période du 27 juillet au 2 août. Ces éléments pourraient, selon elle, s’avérer déterminants pour établir comment cette vague a été gérée et identifier les parties qui l’auraient planifiée ou facilitée.
L’association souligne que les faits pourraient relever de crimes graves, parmi lesquels la facilitation de l’immigration irrégulière, l’appartenance à une organisation criminelle et la non-assistance à personne en danger. Elle réclame par ailleurs l’identification des individus repérés près du poste-frontière d’El Tarajal, afin de vérifier leur lien avec ces événements.
Un rapport sécuritaire déterminant
Parallèlement, la justice espagnole poursuit l’examen des différents éléments liés à ce dossier. Le rapport sécuritaire attendu devra couvrir l’ensemble des informations relatives à l’arrivée de milliers de migrants marocains en situation irrégulière à Ceuta, aux circonstances de ce passage, et à l’existence éventuelle d’une coordination ou de parties ayant facilité ces flux — avant que le tribunal ne se prononce sur l’ouverture d’une instruction judiciaire officielle.
L’Audience nationale a précisé que les conclusions de ce rapport sécuritaire seront déterminantes pour établir sa compétence sur ce dossier, dans la mesure où les faits évoqués dans les plaintes pourraient, si les preuves les confirment, relever de crimes contre la sûreté de l’État espagnol dépassant le cadre de la justice ordinaire — ce qui justifierait la compétence de l’Audience nationale, chargée des affaires graves et transfrontalières.
Ces plaintes judiciaires successives traduisent la montée des soupçons et accusations visant le Makhzen quant à l’instrumentalisation de la migration irrégulière comme moyen de pression et à la gestion des vagues de passages massifs depuis les côtes marocaines, dans l’attente des résultats des enquêtes sécuritaires et judiciaires en cours.
R. I.




