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Algérie–Tunisie : un tournant stratégique dans le partenariat économique et l’investissement industriel

un partenariat économique en phase de consolidation stratégique.

Par Kahina Hammoudi 

Forum économique algéro-tunisien : échanges commerciaux en hausse de 12%, plus de 2,3 milliards de dollars de commerce bilatéral et 66 projets d’investissement tunisiens en Algérie. Focus sur le partenariat stratégique, l’ancrage industriel et la future intégration économique Algérie–Tunisie–Libye.

Une relation portée par une vision politique commune

Le Forum économique algéro-tunisien s’impose, au fil des éditions, comme l’un des principaux leviers de repositionnement du partenariat entre Alger et Tunis sur une trajectoire stratégique.

En ouvrant les travaux de cette nouvelle session, le Premier ministre Sifi Ghrieb a rappelé que les deux pays s’appuient sur une histoire commune, faite de luttes partagées et de solidarité, pour bâtir aujourd’hui une coopération économique de long terme.

Selon lui, la rencontre actuelle ne se limite pas à un simple exercice de bilan. Elle doit permettre de mesurer les progrès accomplis depuis la session de juillet 2023 à Alger, mais surtout d’identifier de nouvelles niches de complémentarité entre les tissus productifs des deux pays, dans un contexte de forte convergence politique impulsée par les deux chefs d’État, Abdelmadjid Tebboune et Kaïs Saïed.

Un commerce bilatéral en croissance soutenue

Sur le plan des échanges commerciaux, la trajectoire reste clairement haussière. Le volume du commerce bilatéral a franchi, en 2024, le seuil de 2,3 milliards de dollars, soit une progression de près de 12% en un an.

Une dynamique qui confirme la place de la Tunisie parmi les partenaires économiques de premier rang de l’Algérie.

Côté importations tunisiennes, Alger se positionne comme fournisseur clé de gaz naturel, de dérivés pétroliers et d’électricité, mais aussi de produits agroalimentaires, de sucre, de ciment et de clinker.

En sens inverse, la Tunisie s’illustre notamment par ses livraisons de produits semi-finis issus du phosphate, de matériaux verriers, de produits en aluminium, ainsi que de véhicules et remorques. Cette structure d’échanges met en évidence une complémentarité sectorielle qui reste encore sous-exploitée.

Investissement tunisien en Algérie : l’ancrage industriel se renforce

Au-delà du commerce, l’investissement tunisien en Algérie commence à prendre une dimension plus structurante. D’après les données de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), 66 projets impliquant des opérateurs tunisiens ont été enregistrés à fin octobre 2025, pour un montant global avoisinant les 353 millions de dollars.

Fait marquant : près de 90% de ces investissements se concentrent dans l’industrie, avec une montée en puissance des branches pharmaceutique et électrique. Parallèlement, le Centre national du registre de commerce (CNRC) recense près de 750 entreprises tunisiennes actives en Algérie à fin 2023, soit plus de 9% de l’ensemble des entreprises étrangères présentes sur le marché algérien. Une présence qui illustre la volonté des opérateurs tunisiens de s’inscrire dans la durée.

Vers une intégration économique tripartite Algérie–Tunisie–Libye

Sifi Ghrieb insiste sur le fait que ces indicateurs ne doivent pas être considérés comme une fin en soi, mais comme une base de lancement pour une intégration économique plus profonde.

Dans cette optique, il met en avant la dimension régionale de cette coopération, appelée à s’étendre dans un cadre tripartite impliquant l’Algérie, la Tunisie et la Libye.

Cette approche s’inscrit dans la vision arrêtée lors du sommet consultatif de Tunis, le 22 avril 2024, qui ambitionne de capitaliser sur les complémentarités entre les trois économies nord-africaines.

L’objectif : structurer des chaînes de valeur régionales, attirer davantage d’investissements et positionner le bloc algéro-tunisien, élargi à la Libye, comme un pôle économique en Méditerranée et en Afrique.

CREA–UTICA : un axe patronal pour structurer les synergies

Au cœur de ce repositionnement, la coopération entre le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) apparaît comme un instrument clé. La convention de coopération qui doit être signée à l’occasion de ce forum vise à donner un cadre formel et opérationnel au rapprochement entre les communautés d’affaires des deux pays.

Elle prévoit le renforcement de la circulation de l’information économique, la construction de partenariats ciblés et la mise en œuvre de programmes conjoints : missions économiques croisées, participation coordonnée aux foires et salons, et organisation d’événements dédiés à la promotion de l’offre algéro-tunisienne sur les marchés africains.

À terme, cette interface patronale pourrait jouer un rôle décisif dans l’émergence de projets industriels et de services à haute valeur ajoutée.

Des partenariats privés au service de l’intégration régionale

Les partenariats qui doivent être signés en marge du forum entre opérateurs algériens et tunisiens constituent une nouvelle étape dans la structuration de l’axe économique entre les deux pays.

Ils couvrent plusieurs secteurs stratégiques, avec en filigrane une logique de complémentarité et d’intégration industrielle.

Aux yeux du Premier ministre, ces initiatives reflètent une volonté partagée de dépasser la simple logique transactionnelle pour aller vers un partenariat productif, créateur de valeur et d’emplois. Elles confirment aussi que le potentiel de coopération reste important, à condition de lever les contraintes administratives, logistiques et financières qui freinent encore certains projets.

K. H.

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