Alger-Paris : les premiers signes d’un dialogue retrouvé

Par Lylya.M

Après plus d’un an de tensions exacerbées par l’affaire Boualem Sansal et le gel des coopérations consulaires, les déclarations de l’ambassadeur Stéphane Romatet à RFI laissent entrevoir une volonté partagée de renouer le fil d’une relation bilatérale mise à rude épreuve.

Même si le chemin vers une normalisation complète s’annonce encore long.

Trois mois de contacts discrets auront permis à Alger et à Paris de rétablir progressivement des canaux de communication que la crise diplomatique avait sérieusement affectés.

L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, s’est exprimé sur RFI pour faire le point sur cette reprise du dialogue, tout en appelant à la prudence quant aux attentes d’une normalisation rapide.

Le diplomate reconnaît que la libération de l’écrivain Boualem Sansal, le 12 novembre dernier, a été perçue comme un signal positif par la partie française.

Toutefois, le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes continue de peser sur les échanges.

Cette situation illustre la complexité d’une relation où les avancées coexistent avec des points de friction persistants.

À ces dossiers consulaires s’ajoute l’éternel contentieux mémoriel. L’adoption par l’Algérie d’une législation sur la criminalisation du colonialisme français vient rappeler que le passé entre les deux pays demeure un sujet sensible.

L’ambassadeur y voit un obstacle supplémentaire aux efforts de rapprochement en cours, soulignant que ce type d’initiative complique la tâche des diplomates des deux côtés.

Cette dimension, inhérente à la relation franco-algérienne, nécessite manifestement un traitement à part, distinct des enjeux de coopération immédiate. Les deux pays n’ont pas encore trouvé la formule permettant de concilier le travail sur le passé et la construction d’un partenariat tourné vers l’avenir.

Car au-delà des symboles, ce sont bien les dossiers sécuritaires et migratoires qui concentrent l’attention des deux capitales.

Stéphane Romatet indique que la coopération dans ces domaines, fortement ralentie pendant la crise, “reprend graduellement”.

La visite d’Anne-Marie Descôtes, secrétaire générale du Quai d’Orsay, le 20 novembre à Alger, s’inscrivait dans cette dynamique de relance, avec une attention particulière portée à la situation au Sahel.

La question des reconduites de ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français figure également à l’ordre du jour. Une visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui a reçu une invitation officielle et exprimé son souhait de se rendre en Algérie, est actuellement à l’étude et permettrait de faire avancer ce dossier.

L’ambassadeur Romatet, qui se dit prêt à reprendre pleinement ses fonctions en 2026, espère que cette nouvelle année marquera le début d’une sortie de crise.

Après une période qu’il qualifie de difficile pour les relations bilatérales, les signaux actuels laissent entrevoir une volonté partagée de tourner la page. Le chemin reste cependant semé d’embûches.

Le diplomate appelle d’ailleurs à éviter, côté français, les déclarations susceptibles de stigmatiser le peuple ou l’État algérien, privilégiant le recours aux canaux diplomatiques pour traiter les différends.

L.M

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