Abdellah Seriai décrypte le virage algéro-espagnol : 10 milliards de dollars d’échanges et un partenariat à consolider

Par Kahina Hammoudi
Le président du Forum d’affaires algéro-espagnol, Abdellah Seriai, a livré ce mardi une analyse percutante des nouveaux horizons diplomatiques et commerciaux entre Alger et Madrid. Invité de « L’invité du jour » sur la Chaîne 3, il a salué la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, le 26 mars à Alger, comme un pivot décisif après des années de tensions.
La réactivation du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002 – suspendu depuis mars 2022 – porte la marque du président Abdelmadjid Tebboune. « C’est un signal fort », insiste Seriai, dans un contexte de 2025 marqué par un boom commercial : plus de 10 milliards de dollars d’échanges bilatéraux. Les exportations algériennes vers l’Espagne dominent avec les hydrocarbures, les produits sidérurgiques, les engrais et les pommes de terre, preuve d’une complémentarité vitale pour les deux rives de la Méditerranée.
Djazagro, catalyseur d’opportunités le 14 avril
Pour capitaliser sur cette dynamique, le Forum organise une journée d’information le 14 avril en marge du salon Djazagro au Palais des Expositions d’Alger. « Une quarantaine de sociétés espagnoles sont attendues », annonce Seriai. Matinée de conférences sur l’agriculture, l’aquaculture et l’agroalimentaire ; après-midi dédié aux B2B. Ouverte à tous les opérateurs algériens, cette initiative appelle à une mobilisation massive : « Ne ratez pas cette chance de nouer des partenariats concrets. »
L’Espagne, experte multisectorielle
Au-delà du gaz, Seriai pointe des secteurs stratégiques. L’agroalimentaire d’abord : « Nos tomates, pommes de terre et poires pourrissent faute d’usines de transformation. L’Espagne, leader européen, peut combler ce vide, de même en aquaculture. » Dans le BTP, la raffinerie de Hassi Messaoud confiée à Técnicas Réunidas illustre une coopération déjà avancée.
Mais Seriai martèle la réciprocité. L’Algérie, autosuffisante à 70-80% en médicaments, vise l’export vers l’Europe, via ses pharma, engrais, produits agro et même écrans TV. Un bémol majeur : « Ministères des Finances et Banque centrale, écoutez-nous ! Autorisez des showrooms à l’étranger pour exposer nos produits. C’est le verrou à sauter. »
Pièces auto : la nouvelle frontier du partenariat
Enfin, le secteur des pièces détachées automobiles émerge comme fer de lance. « La majorité vient déjà d’Espagne », révèle Seriai, citant le hub Stellantis en Andalousie vers l’Oranie. Le Forum pousse la sous-traitance bilatérale : « C’est là que se forge un vrai développement algéro-espagnol. »
Ce rapprochement, au cœur des enjeux méditerranéens, interroge : l’Algérie saura-t-elle transformer ces signaux en souveraineté économique durable ?
K. H.




