Diplomatie algérienne à New York : une semaine dense pour Ahmed Attaf, entre sécurité africaine, Palestine et partenariats bilatéraux

Par Kahina Hammoudi
En marge de la semaine de haut niveau de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a déployé un agenda diplomatique particulièrement dense, multipliant les interventions et les tête-à-tête bilatéraux. Cette séquence illustre la volonté constante de l’Algérie de peser sur les grands dossiers internationaux tout en consolidant son réseau de partenariats à l’échelle africaine, arabe et européenne.
Une doctrine africaine affirmée devant le Conseil de paix et de sécurité de l’UA
Le point d’orgue de cette semaine a été l’intervention d’Ahmed Attaf devant la réunion ministérielle du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, consacrée au «bon voisinage et aux réponses régionales aux défis sécuritaires et terroristes en Afrique». Le chef de la diplomatie algérienne y a défendu une lecture exigeante mais cohérente de la sécurité continentale : face à la dimension de plus en plus transfrontalière du terrorisme, de la criminalité organisée et des trafics d’armes et de fonds illicites, il a plaidé pour un dépassement des réponses nationales isolées au profit d’une action régionale coordonnée, fondée sur le dialogue et la coopération sécuritaire — tout en réaffirmant deux principes cardinaux pour Alger : le respect plein et entier de la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières héritées de l’indépendance.
Cette prise de position n’est pas un exercice de style. Elle traduit une doctrine algérienne mûrie de longue date, qui refuse de dissocier la sécurité du développement. Ahmed Attaf l’a explicité en rappelant que les réponses militaires et sécuritaires, aussi nécessaires soient-elles, ne suffisent pas à elles seules à garantir une stabilité durable si elles ne s’accompagnent pas d’un effort de réconciliation, de consolidation des institutions étatiques et de traitement des racines socio-économiques que les groupes terroristes exploitent pour recruter et s’étendre. C’est précisément l’expérience algérienne au Sahel — fondée sur le soutien au dialogue, le renforcement de la coopération frontalière et la promotion de l’intégration régionale — qu’il a mise en avant, citant des projets structurants comme la route transsaharienne, la dorsale à fibre optique transsaharienne ou le gazoduc Algérie-Nigeria, autant de leviers censés transformer la coopération sécuritaire en véritable moteur de développement partagé.
Sur le volet plus technique du financement du terrorisme, le ministre a mis en exergue le rôle précurseur de l’Algérie, rappelant l’adoption par le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité, en janvier 2025, des «Principes directeurs de l’Algérie» relatifs à la prévention de l’usage des nouvelles technologies financières à des fins terroristes — une initiative qui témoigne de la capacité du pays à porter des normes internationales concrètes plutôt que de simples déclarations de principe. Il a également salué le rôle du président Abdelmadjid Tebboune en tant que Champion de l’Union africaine pour la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, positionnement qui confirme le rang de l’Algérie parmi les architectes de l’agenda sécuritaire continental.
En appelant, en conclusion, à passer «de l’alerte précoce à l’action précoce» et «de la gestion des crises à leur prévention», Ahmed Attaf a livré une formule qui résume assez bien la ligne diplomatique algérienne : une Afrique qui reprend en main sa propre sécurité, sans tutelle extérieure, mais avec une solidarité de fait entre voisins directement exposés aux mêmes menaces, du Sahel à la Corne de l’Afrique.
Un intense ballet de rencontres bilatérales
Au-delà de cette intervention multilatérale, le ministre d’État a enchaîné, le même jour, une série d’entretiens bilatéraux qui donnent la mesure du rayonnement diplomatique recherché par Alger.
Avec le Zimbabwe, la rencontre avec le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Amon Murwira, a permis de dresser un bilan élogieux des relations bilatérales, adossées à des liens historiques et à une solidarité que les deux parties ont qualifiée de constante. Ahmed Attaf a félicité son homologue pour l’élection du Zimbabwe comme membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2027-2028, en proposant à Harare de partager l’expérience et les enseignements tirés du mandat algérien au sein de cette instance en 2024-2025 — un geste révélateur de la volonté de l’Algérie de se poser en référence et en mentor pour les diplomaties africaines émergentes sur la scène onusienne. Le ministre zimbabwéen n’a pas manqué de rendre hommage à l’action de l’Algérie durant son propre mandat au Conseil de sécurité, la qualifiant de partenaire stratégique pour son pays. Les deux hommes ont également réaffirmé leur attachement à une solution au Sahara occidental fondée sur l’exercice, par le peuple sahraoui, de son droit inaliénable à l’autodétermination, conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU et de l’Union africaine.
Avec la Somalie, les échanges avec le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdisalam Abdi Ali, ont porté sur la situation dans la Corne de l’Afrique et les développements en mer Rouge. Ahmed Attaf y a réaffirmé la constance de la position algérienne : respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale des États, rejet des ingérences étrangères susceptibles d’attiser les tensions régionales. Cette grille de lecture, appliquée avec la même rigueur au Mali comme à la Somalie, souligne la cohérence — et donc la crédibilité — de la diplomatie algérienne, qui refuse le «deux poids, deux mesures» dans le traitement des crises africaines et privilégie systématiquement les solutions politiques nationales aux interventions extérieures.
Avec le Bénin, la rencontre avec la ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Olushegun Bakari (Aurélie Adam Soulé Zoumarou selon les sources), a permis de faire le point sur la mise en œuvre des résultats de la visite effectuée par Ahmed Attaf à Cotonou en juillet dernier. Les deux ministres se sont félicités de la dynamique engagée, notamment dans l’investissement industriel et l’énergie, et ont insisté sur la nécessité de transformer la prochaine session de la Grande Commission mixte algéro-béninoise en un cadre concret de projets, plutôt qu’un simple exercice protocolaire — une évolution cohérente avec la participation récente d’une délégation algérienne multisectorielle au forum d’investissement «Benin Deal Room 2026». Attaf a par ailleurs félicité son homologue pour l’accession du Bénin à la présidence du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, les deux parties convenant de coordonner leurs efforts, notamment dans la perspective de la 13e édition du Forum de Sécurité d’Oran (« Track d’Oran »), prévue en décembre 2026.
Avec la Hongrie, enfin, les discussions avec la vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères, Anita Orban, ont porté sur les relations bilatérales mais aussi, plus largement, sur les relations entre l’Algérie et l’Union européenne. Ahmed Attaf y a plaidé pour la levée des obstacles qui continuent de freiner les exportations algériennes vers les marchés européens, dans le cadre des mécanismes prévus par l’accord d’association, en insistant sur un impératif d’équilibre des intérêts entre les deux parties. Ce dossier, sensible depuis plusieurs années, illustre la volonté algérienne de rééquilibrer une relation commerciale encore trop concentrée sur les hydrocarbures, tout en préparant le terrain à une visite prochaine de la ministre hongroise à Alger, susceptible d’ouvrir de nouveaux chantiers de coopération dans l’enseignement supérieur, les énergies renouvelables et la culture.
La question palestinienne, fil conducteur de l’engagement arabe de l’Algérie
Cette activité africaine et bilatérale s’est doublée d’un engagement soutenu sur le dossier palestinien, à l’occasion de la réunion consultative des ministres arabes des Affaires étrangères. Ahmed Attaf y a plaidé pour que la cause palestinienne retrouve sa place au centre de l’agenda international, refusant qu’elle soit réduite à sa seule dimension humanitaire au moment même où se multiplient, selon lui, les manœuvres visant à compromettre l’avènement d’un État palestinien conforme à la légalité internationale. Il a dénoncé le caractère sélectif de l’application des résolutions internationales et appelé à une action arabe collective plus affirmée, tout en réitérant le refus algérien de voir la région transformée en théâtre de guerres par procuration, notamment dans un contexte de tensions persistantes dans le Golfe. Il a, dans ce cadre, insisté sur la nécessité de traiter les crises soudanaise, yéménite, somalienne et libyenne par des solutions politiques nationales, à l’abri de toute ingérence extérieure.
Une diplomatie de constance et d’influence
Prise dans son ensemble, cette séquence new-yorkaise confirme un trait distinctif de la diplomatie algérienne sous la conduite d’Ahmed Attaf : la cohérence. Que ce soit au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, sur le dossier saharien ou sur la question palestinienne, l’Algérie défend inlassablement les mêmes principes — souveraineté des États, non-ingérence, primauté des solutions politiques et du dialogue sur les logiques de confrontation. Cette constance, loin d’être un handicap, constitue un atout diplomatique : elle confère à la voix algérienne une crédibilité reconnue par des partenaires aussi divers que le Zimbabwe, la Somalie, le Bénin ou la Hongrie, et fait de l’Algérie un acteur recherché pour le partage d’expérience, notamment après son passage remarqué au Conseil de sécurité en 2024-2025.
En l’espace de quelques jours à New York, Ahmed Attaf aura ainsi porté simultanément l’agenda sécuritaire africain, la relance de la question palestinienne et la consolidation de partenariats bilatéraux stratégiques — une démonstration d’activisme diplomatique qui confirme l’ambition de l’Algérie de compter parmi les voix africaines et arabes les plus écoutées sur la scène multilatérale.
K. H.





