L’Algérie réorganise son marché du médicament générique

Par Nadera Rebiai

Comment un simple portail numérique redessine les rapports de fonctionnement entre laboratoires, pharmaciens et régulateur?

Il aura suffi d’une plateforme numérique et d’un chiffre — trois — pour rebattre les cartes d’un secteur qui pesait déjà parmi les plus stratégiques du pays ; présenté mardi 8 septembre 2026 à Alger, le PAPP BOX (Portail d’Accès aux Produits Pharmaceutiques) ne se contente pas de dématérialiser des procédures administratives.

Il fixe une limite stricte au nombre de médicaments génériques autorisés par molécule, et relance ainsi la logique d’investissement de toute une industrie.

Un outil numérique, une ambition réglementaire

La présentation officielle du portail s’est tenue à l’hôtel Sheraton d’Alger, sous la présidence du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, en présence du directeur général de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), Cherif Delih, ainsi que de représentants de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), du Syndicat national des pharmaciens d’officine (SNAPO) et du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP).

Le ministre a présenté ce projet comme structurant pour la modernisation du système réglementaire national et l’inscrit dans la continuité des efforts engagés ces dernières années pour renforcer la sécurité pharmaceutique du pays.

Placé sous la supervision de l’ANPP, le portail centralisera dans un premier temps les données relatives aux médicaments avant de s’élargir, à terme, aux dispositifs médicaux.

Il devra permettre une gestion plus fluide des décisions d’enregistrement et surtout, une meilleure lisibilité des opportunités de marché pour les industriels.

Trois génériques, pas un de plus

C’est la mesure qui cristallise les tensions. les nouvelles conditions d’attribution des décisions d’enregistrement plafonnent à trois le nombre de médicaments génériques autorisés pour une même molécule active.

En plus de la marque princeps d’origine, un principe que l’Association algérienne des affaires réglementaires et de l’économie de la santé (SAARPE) a confirmé dans une déclaration publiée le 12 septembre, précisant que la limite est fixée à deux pour les produits biosimilaires, sur une même forme pharmaceutique et un même dosage.

Si la SAARPE salue l’intention de structurer le marché, elle appelle aussi à la prudence : l’association renvoie à l’article 44 du décret exécutif n° 20-325 du 22 novembre 2020, qui permet déjà à l’ANPP de retirer une décision d’enregistrement non exploitée dans un délai de 18 mois.

Pour l’association, ce mécanisme existant suffirait à éviter l’engorgement du marché par des décisions inactives, sans qu’il soit nécessaire de plafonner la concurrence… un plafonnement qui, selon elle, pourrait au contraire freiner l’investissement, l’innovation et l’intégration locale plutôt que les stimuler.

Une industrie déjà leader, mais saturée sur certains segments

Du côté de l’ANPP, la responsable de la gestion de la qualité, Dr Khadidja Bouguerra, situe la démarche dans une logique de réorientation plutôt que de restriction pure et affirme que l’’Algérie figure parmi les pays leaders du continent africain en matière de production pharmaceutique, avec une couverture des besoins nationaux dépassant les 80 %.
L’objectif affiché du ministère est donc de rediriger les investissements vers des catégories de produits encore peu présentes en Algérie — médicaments spécialisés, innovants ou liés à la biotechnologie — plutôt que de continuer à multiplier les copies d’un même principe actif.

La transparence comme condition d’acceptabilité

Le succès du dispositif dépendra largement de son acceptation par une profession qui réclame depuis des années davantage de clarté dans l’attribution des créneaux de marché.

Le ministre a assuré que chaque ouverture d’opportunité de mise sur le marché, comme chaque retrait de médicament, notamment en cas d’expiration non renouvelée d’une décision d’enregistrement serait clairement annoncée , donc la priorité sera donnée aux opérateurs capables de garantir des délais de livraison courts et un taux d’intégration locale élevé.

Dans le même contexte, le CNOP, par la voix de son président Dr Noureddine Mettioui, a pour sa part demandé que le nouveau système laisse une place aux pharmaciens dans sa gouvernance ; une revendication de longue date de la profession.

Vente concomitante : une pratique dans le viseur

Autre dossier porté par la profession lors de cette présentation : la lutte contre les pratiques commerciales illégales.

Le président du SNAPO, Sami Tirache, a rappelé que certaines pratiques, bien que limitées, continuaient de poser problème sur le terrain — notamment la vente concomitante ou les ventes forcées imposées à certains pharmaciens…

N.R

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