Ayoub, le sourire que toute l’Algérie pleure

Par Kahina Hammoudi
Il s’appelait Ayoub. Il avait 10 ans. Et pendant quatre jours, un pays tout entier a retenu son souffle pour lui.
Tout a basculé mercredi, dans la région d’El Rekba, commune de Ghassoul, wilaya d’El Bayadh. Un puits artésien asséché, une planche de bois trop fragile, un instant d’insouciance comme en ont tous les enfants du monde — et Ayoub a disparu dans les entrailles de la terre, happé par un trou de 80 mètres de profondeur pour à peine 40 centimètres de diamètre.
À partir de cet instant, plus rien n’a compté que lui.
Quatre jours à creuser l’espoir
Jour et nuit, sans relâche, les hommes de la Protection civile ont creusé. Creusé à la main quand la roche devenait trop dangereuse pour les machines. Creusé un puits parallèle de 30 mètres pour tenter une percée horizontale vers l’endroit où l’on pensait Ayoub retenu. Des renforts humains et matériels affluaient de toute la wilaya et au-delà, mobilisés par les autorités locales, dans une course contre une montre que plus personne n’osait regarder en face.
Sur les réseaux sociaux, en Algérie et bien au-delà de ses frontières, un seul prénom occupait les esprits. On partageait les nouvelles heure par heure, on priait, on espérait. Des millions d’Algériens, unis dans une même attente silencieuse, voulaient croire qu’Ayoub sortirait de ce trou avec ce sourire qu’on lui prêtait déjà, comme s’il suffisait de l’imaginer pour le rendre possible.
Il n’est pas sorti vivant.
Le communiqué qui a brisé un pays
La Protection civile algérienne l’a annoncé sans détour : l’endroit où se trouvait l’enfant a été localisé, son corps a été récupéré sans vie. Au nom du directeur général et de l’ensemble des personnels de l’institution, des condoléances ont été adressées à la famille, avec cette formule que l’on voudrait ne jamais avoir à écrire — demander à Dieu d’envelopper le défunt de Sa miséricorde, et d’accorder à ses proches la patience et le réconfort.
Des mots officiels, nécessaires, mais qui ne pèsent rien face au vide que laisse un enfant de 10 ans.
Une douleur, une colère
Il y a dans ce drame quelque chose que l’Algérie connaît trop bien. Ce n’est pas la première fois qu’un puits oublié, mal rebouché, laissé béant au milieu d’un terrain, se referme sur la vie d’un enfant qui jouait, qui marchait, qui vivait simplement son enfance. Chaque fois, l’émotion est la même. Chaque fois, la question revient, lancinante : combien de puits comme celui-là, secs, abandonnés, sans clôture ni signalisation, attendent encore, disséminés dans nos campagnes ?
Ayoub n’est pas mort d’un accident au sens froid du terme. Il est mort d’une négligence collective, de terrains laissés sans surveillance, de trous que personne n’a jugé utile de combler ou de sécuriser — jusqu’au jour où un enfant y tombe.
On ne redonnera pas la vie à Ayoub. Mais on peut, on doit, faire en sorte que son nom ne s’ajoute pas simplement à une liste que l’on oublie. Des inspections systématiques des puits abandonnés, des campagnes de sensibilisation dans les zones rurales, une obligation réelle de rebouchage à la charge des propriétaires : ce sont des mesures simples, connues, mais qui ne sont appliquées qu’après le drame, jamais avant.
Le sourire qui reste
Ceux qui l’ont connu parlent d’un enfant vif, joyeux, comme tant d’autres gamins de 10 ans à travers le pays. C’est ce visage-là que l’Algérie a voulu voir ressortir de ce puits pendant quatre jours. C’est ce visage-là qu’elle pleure aujourd’hui.
Aux parents d’Ayoub, à sa famille, à Ghassoul et à toute la wilaya d’El Bayadh : le pays tout entier partage votre peine. Que Dieu vous accorde la patience et le réconfort, et qu’Il accueille votre enfant dans Sa vaste miséricorde.
Repose en paix, Ayoub.




