La machine médiatique française se prépare à défendre le dénommé Ayoub Aïssiou : une opération propagandiste aussi vulgaire que stérile

Par Kahina Hammoudi
La machine médiatique française, fidèle à ses habitudes les plus indécentes, se prépare à lancer une campagne hostile et concertée contre l’Algérie, faisant de ses plateaux et de ses rotatives le décor d’une nouvelle opération de lobbying destinée à blanchir l’image d’un fugitif mis en cause par la justice algérienne. À l’heure où les faits et les procédures parlent — et où un mandat d’arrêt international a été émis par Alger — TF1 et France Télévisions semblent prêtes à mobiliser une partie substantielle de leurs moyens pour défendre non la vérité judiciaire, mais une narrative soigneusement orientée qui cherche à inverser la charge des responsabilités.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas d’une simple couverture d’actualité. Il s’agit d’une entreprise de réécriture politique, d’une mise en scène destinée à transformer un dossier de justice — accusant cet individu, selon les décisions des tribunaux algériens, de vol, de détournement de deniers publics, de blanchiment d’argent, de financement de mouvances à caractère subversif et de spoliation de biens de citoyens — en une cause médiatique à bruit et à plateaux. Plus grave encore, cette manœuvre, en orchestrant une pression médiatique sur la justice espagnole qui statue aujourd’hui, révèle un usage de l’information au service d’intérêts politiques et diplomatiques étrangers plutôt que du journalisme d’enquête objectif.
La répétition de telles opérations révèle une constance dans la stratégie : la France joue trop souvent les mécènes des déstabilisateurs, offrant refuge narratif et tribune à ceux qui s’opposent à l’ordre légal établi en Algérie. Le procédé est désormais bien rodé : amplification des voix favorables au fugitif, occultation des pièces du dossier émises par les autorités algériennes, et transformation de la presse en caisse de résonance pour des thèses visant à délégitimer une institution judiciaire étrangère. Dans le même mouvement, l’on observe un mépris affiché du principe de souveraineté judiciaire et des processus d’extradition encadrés par le droit international.
Il convient d’être clair et sans langue de bois : ouvrir l’espace médiatique national à des individus accusés, selon la justice algérienne, de graves malversations n’est pas un acte neutre. C’est un choix politique. C’est la confirmation que, pour certains cercles, l’empathie médiatique envers des délinquants présumés l’emporte sur le respect des victimes, des institutions et des procédures. C’est aussi une manière de conforter des relais, des réseaux et des intérêts qui, de longue date, ont intérêt à fragiliser l’Algérie, à minauder ses institutions ou à exporter une vision biaisée de ses affaires intérieures.
Ce qui contraste encore plus avec l’indécence de cette posture, c’est la posture morale que se donnent ces médias quand ils se prétendent garants de l’éthique et du pluralisme. Les mêmes rédactions qui dénoncent le populisme ou l’autoritarisme à l’étranger se muent, lorsqu’il s’agit de ce dossier précis, en tribunes d’un narratif qui oublie la présomption de vérité des décisions judiciaires étrangères. Une presse libre se reconnaît pourtant à sa capacité à mettre en perspective, à contextualiser, à vérifier, non à instrumentaliser.
Aux autorités espagnoles revient de trancher en droit, et la justice européenne demeure le cadre approprié pour trier les demandes d’extradition et apprécier la recevabilité des demandes algériennes. Mais l’offensive médiatique attendue ne vise pas tant à éclairer la justice qu’à l’influencer. C’est une tentative d’opération d’opinion dont l’objectif réel — rendre inopérants des instruments judiciaires internationaux et offrir un bouclier de réputation à un accusé — est politique, pas judiciaire.
Quelles que soient les gesticulations annoncées et les artifices rhétoriques que mettront en scène certains médias français, cette entreprise de défense médiatique n’en demeure pas moins une tentative stérile : stérile parce qu’elle confond l’émotion du plateau avec la réalité processuelle, stérile parce qu’elle mise sur l’éphémère et l’illusion d’un vernis de respectabilité, et stérile enfin parce que la vérité judiciaire, quand elle est établie, finit par reprendre ses droits. Les manœuvres de presse ne sauraient effacer indéfiniment les décisions et les faits.
Il reste à observer comment la diplomatie, les plateformes d’information et les opiniâtres relais au sein des médias répondront à cette offensive. Que la France choisisse à nouveau de prêter sa voix à des intérêts qui visent à déstabiliser l’Algérie est une réalité politique qui mérite d’être dénoncée, analysée et confrontée. Mais au-delà des dénonciations, la riposte la plus efficace sera juridique, factuelle et stratégique : faire prévaloir les dossiers, non les plateaux, et exiger que l’information retrouve sa fonction première — éclairer l’opinion, non la manipuler.
K. H.




