Boualem Sansal et la petite marche verte 2.0

Par Naziha Ait Moussa

L’analyse à la sauce merguez de Boualem Sansal, chroniqueur engagé par un journal marocain, a de quoi étonner.

Sous couvert d’alerte géopolitique, son article ressemble surtout à une attaque frontale contre l’Algérie. Mais surtout, il révèle une curieuse géométrie variable du droit des peuples.

Sansal réclame l’indépendance de Ceuta et Melilla, deux petites excroissances espagnoles plantées sur la côte marocaine comme deux confettis oubliés de l’ancien empire.

Là, la présence espagnole serait une anomalie historique qu’il faudrait corriger.
Mais changeons de latitude.

Lorsqu’il s’agit du Sahara occidental, le principe de l’autodétermination semble soudain prendre l’ascenseur pour disparaître dans les étages de la Realpolitik.

Le colonialisme change miraculeusement de définition selon le côté de la carte où l’on pose le doigt.

On pourrait presque baptiser cela la doctrine Sansal : l’autodétermination, oui, mais avec un astérisque.

Et puisqu’il aime tant les indépendances, pourquoi ne pas pousser son raisonnement jusqu’au Sahara occidental?

Là, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est rayé d’un trait de plume, comme une ligne devenue gênante sur une carte.

Et la Palestine ?

Mieux vaut ne pas trop insister. Sansal, sioniste convaincu après un sionisme de circonstance, soutient avec acharnement Israël.

Là encore, le droit des peuples semble avoir ses heures d’ouverture et ses jours de fermeture. Certaines indignations ont décidément la géométrie variable.

Mais revenons au Maroc et rappelons la Marche verte de 1975. On nous a raconté la grande procession historique, drapeaux et slogans au vent, comme une démonstration populaire et pacifique.

Sa version 2.0, contemporaine, serait tout autre : une petite Marche verte ratée, sans Coran brandi au-dessus des foules, mais avec les torses nus d’une jeunesse marocaine désespérée avançant vers la frontière, smartphone à la main, ticket d’émigration clandestine dans la poche.

Même marche. Autre désespoir.

Cette fois, ce ne serait plus une foule mobilisée pour conquérir un territoire, mais une jeunesse poussée vers le gouffre par l’absence d’horizon.

Un royaume qui agite les grands récits territoriaux pendant que ses propres enfants cherchent leur avenir de l’autre côté de la mer.

Voilà peut-être l’image la plus cruelle de cette Marche verte 2.0 : hier, on marchait pour prendre possession d’une terre, aujourd’hui, on marche (nage) pour la quitter.

Alors, Monsieur Sansal ? Jusqu’où mène-t-on le droit des peuples lorsqu’il rencontre les frontières que l’on préfère conserver ?

Le plus étonnant en géopolitique n’est pas toujours le double discours, mais la vitesse avec laquelle il se travestit en doctrine.

N.A.M

 

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