Le journal espagnol El Mundo: l’Espagne dispose de suffisamment d’atouts économiques pour faire plier le régime du Makhzen
Par Kahina Hammoudi
Le journal espagnol El Mundo a révélé que le dossier migratoire ne représente qu’un des leviers de pression dont dispose Madrid face au Maroc, soulignant que l’Espagne est en mesure de mobiliser des outils économiques et commerciaux bien plus efficaces, allant du renforcement des contrôles sur les marchandises marocaines jusqu’aux transferts financiers que la diaspora injecte dans les caisses du royaume.
Le journal a souligné, dans un article publié samedi, que l’économie marocaine est étroitement liée à l’Espagne et à l’Union européenne, que ce soit en matière de commerce, d’investissements, de tourisme ou de transferts des Marocains résidant à l’étranger, ce qui expose Rabat à des pressions économiques si Madrid décidait de modifier les règles actuelles des échanges.
Les ports, artère du Maroc vers l’Europe, sous pression
El Mundo place le trafic commercial via le détroit de Gibraltar en tête des leviers que l’Espagne pourrait actionner, précisant qu’une grande partie des exportations marocaines vers l’Europe transite par cette voie.
Le journal indique que le port de Tanger Med a traité, en 2025, plus de 535 000 camions TIR chargés de marchandises à destination de l’Europe, tandis que l’Union européenne absorbe environ 70 % des exportations marocaines.
Selon le journal, un renforcement des contrôles et des inspections sur les navires et marchandises marocaines pourrait affecter l’un des principaux atouts sur lesquels le Maroc s’appuie pour attirer les entreprises internationales, à savoir la rapidité d’acheminement des produits vers le marché européen, comprise entre 24 et 48 heures.
D’après le rapport, tout durcissement des procédures pourrait augmenter le coût du transport et ralentir les chaînes d’approvisionnement, mettant ainsi le modèle industriel marocain à l’épreuve.
1,58 milliard d’euros de la diaspora : un autre levier entre les mains de Madrid
El Mundo n’a pas non plus manqué de mentionner les transferts financiers envoyés par la diaspora marocaine en Espagne vers son pays d’origine, les considérant comme l’un des liens forts entre les deux économies.
Le journal rapporte que les Marocains résidant en Espagne ont transféré environ 1,589 milliard d’euros en 2025, soit l’équivalent de 12,5 % du total des transferts reçus par le Maroc, qui s’est élevé à 12,731 milliards d’euros.
Selon le journal, l’imposition de taxes sur ces transferts réduirait le flux de devises vers l’économie marocaine et accentuerait la pression sur l’une des sources de devises étrangères dont dépend le royaume.
Le Maroc achète plus qu’il ne vend à l’Espagne
Les chiffres du commerce cités dans le rapport révèlent l’ampleur de l’interdépendance entre les deux pays : en 2025, l’Espagne a acheté au Maroc des marchandises pour une valeur de 10,427 milliards d’euros, contre des exportations espagnoles vers le royaume s’élevant à 12,330 milliards d’euros.
Ces chiffres confirment, selon El Mundo, que la balance commerciale penche en faveur de l’Espagne, la relation restant plus sensible pour le Maroc, dont le marché espagnol constitue l’une des principales destinations d’exportation, Madrid absorbant près d’un quart des exportations du royaume.
Agriculture et investissements : des leviers supplémentaires pour Madrid
Le journal souligne que les leviers de pression ne se limitent pas au commerce, pouvant s’étendre aux produits agricoles marocains, fortement dépendants du marché espagnol.
Il rapporte que l’Espagne a importé, au premier trimestre 2026, une quantité de tomates marocaines supérieure de 70 % à celle importée durant la même période dix ans plus tôt, à un moment où des voix s’élèvent en Espagne pour réclamer un durcissement des conditions d’importation des produits agricoles marocains.
À l’inverse, les entreprises espagnoles détiennent des investissements importants au Maroc : le stock des investissements directs espagnols s’élevait à environ 2,5085 milliards d’euros à fin 2024, contribuant à la création de plus de 25 000 emplois.
Les touristes espagnols constituent par ailleurs une source importante pour l’économie marocaine, leur nombre ayant atteint environ 4 millions en 2024, plaçant l’Espagne au deuxième rang mondial des pays d’origine des touristes visitant le royaume, derrière la France.
Le Maroc entre carte migratoire et facture économique
El Mundo conclut que le Maroc, qui utilise le dossier migratoire comme carte de négociation et surtout de chantage face à l’Espagne, se trouve en contrepartie confronté à un vaste réseau d’intérêts économiques qui offre à Madrid d’autres outils de pression.
Selon le journal, un renforcement des contrôles commerciaux, une action sur les transferts financiers ou une révision de certains aspects de la coopération économique pourraient transformer la relation, faisant passer le dossier migratoire d’une carte de pression à une confrontation économique bien plus coûteuse pour Rabat, compte tenu de la forte dépendance du Maroc au marché européen et de son recours à la porte espagnole pour y accéder.
K. H.




