El Hadjar : la relance du géant sidérurgique algérien, entre priorité stratégique et défis persistants

Par Nadera Rebiai

Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, s’est rendu jeudi 6 août à Annaba pour inspecter le complexe sidérurgique d’El Hadjar, qualifiant sa relance de « priorité stratégique »… Une déclaration qui relance le débat sur l’avenir de ce fleuron industriel, entre ambitions chiffrées et décennies de difficultés structurelles.

Une visite ministérielle sous le signe de l’urgence industrielle

Lors de sa tournée dans la wilaya d’Annaba, le ministre de l’Industrie a inspecté plusieurs sites stratégiques liés au ferroviaire et à la sidérurgie, dont le groupe Ferrovial, l’entreprise Cital, et le complexe d’El Hadjar.

Sur place, le diagnostic dressé par les équipes ministérielles est sans détour : le site conserve une base industrielle solide, mais nécessite des opérations de modernisation en profondeur pour retrouver son plein potentiel de production.

Pour Yahia Bachir, la relance de cette infrastructure constitue un fondement essentiel du développement de l’industrie lourde nationale, une déclaration qui s’inscrit dans la continuité d’un plan déjà engagé depuis le début de l’année.

Les chiffres d’une ambition industrielle

Le plan de relance porté par l’entreprise publique ALSOLB (Algérienne pour l’Acier), qui a succédé à Sider El Hadjar en juillet 2025, affiche des objectifs particulièrement ambitieux :
3 millions de tonnes d’acier par an : l’objectif de production visé par ALSOLB à moyen terme, selon la réponse du ministère de l’Industrie à une question écrite d’un député de l’APN.

2 millions de tonnes/an : la capacité nominale actuelle du laminoir, un chiffre resté théorique.

1 à 1,5 million de tonnes : la production réelle actuellement enregistrée, très en-deçà du potentiel nominal, en raison de l’usure des équipements et des arrêts fréquents pour réparation.

832 hectares : la superficie du complexe, auxquels s’ajoutent 215 hectares de foncier industriel récemment récupérés aux abords du site et destinés en priorité aux investissements structurants dans la filière acier.

8 000 tonnes de fer brut consommées quotidiennement, provenant à 75 % de la mine d’Ouenza et à 25 % de celle de Boukhedra (wilaya de Tébessa).

Plus de 50 % : la part des matières premières importées dans le processus de production…une dépendance identifiée par le ministère comme l’un des principaux facteurs de surcoût.

5 114 emplois recensés en 2019, un chiffre qui donne la mesure du poids social du complexe pour la région d’Annaba.

Un modèle où l’État reste l’investisseur de dernier recours

Contrairement à d’autres acteurs de la sidérurgie algérienne comme Tosyali Algérie (partenariat avec le groupe turc Fuyata Tosyalı) ou AQS (coentreprise avec le qatari Qatar Steel International, qui y détient 49 % des parts aux côtés du Groupe Industriel Sider et du Fonds national d’investissement), le financement de la modernisation d’El Hadjar reste presque intégralement assuré par le budget de l’État, un choix assumé pour éviter la fermeture du site et les conséquences sociales qu’elle entraînerait dans la wilaya d’Annaba.

Cette approche s’accompagne néanmoins d’un historique de tensions financières récurrentes : blocage des comptes bancaires de l’entreprise par la CNAS en 2020 pour près de 860 millions de dinars de cotisations sociales impayées, ou encore contrats de gré à gré contestés, comme celui conclu pour la location de matériel de manutention, d’un montant de 100 milliards de dinars.

Ce que la relance doit encore prouver
ALSOLB affirme avoir validé une étude de faisabilité élaborée par des bureaux d’études internationaux de référence, et le ministère évoque un programme de formation des travailleurs adossé au nouveau plan d’investissement…mais l’histoire récente du complexe, plans de relance successifs, pénuries de matières premières, crises d’approvisionnement en eau ayant menacé de mettre le haut fourneau à l’arrêt, invite à la prudence sur le calendrier de réalisation ; reste à savoir si cette nouvelle séquence rompra avec ce cycle, ou si elle n’en sera qu’une étape de plus.

Entre pannes et relances, El Hadjar continue en tout cas d’occuper une place à part dans l’agenda industriel de l’État : la visite du 6 août s’inscrit dans une séquence plus large de mobilisation autour de l’industrie lourde régionale, à l’heure où l’Algérie affiche l’ambition de réduire sa dépendance aux hydrocarbures par le développement de filières industrielles hors pétrole… sidérurgie en tête.

N.R

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