A la Une

Alger-Madrid : Les coulisses politiques d’un grand retour

Par Kahina Hammoudi 

Ce lundi 20 juillet marque un tournant majeur dans la diplomatie méditerranéenne. Six ans après son dernier déplacement officiel en Algérie, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, est attendu à Alger. Un voyage qui prend les traits d’un marathon, puisque le dirigeant ibérique ralliera la capitale algérienne directement après avoir assisté à la finale de la Coupe du monde à New York.

Si le pragmatisme énergétique dicte une partie de l’agenda, ce déplacement scelle surtout la fin d’un cycle de turbulences et dessine les contours d’une reconfiguration géopolitique régionale.

Au-delà du gaz, le signal politique

Entre Alger et Madrid, le dégel après la crise profonde de 2022-2024 laisse désormais place à une volonté commune d’aller « plus loin », pour reprendre l’expression du président Abdelmadjid Tebboune. Pour Pedro Sánchez, ce retour en grâce à Alger est une carte politique maîtresse, tant sur le plan intérieur qu’international.

En Espagne, l’opposition conservatrice l’a longtemps accusé d’avoir brisé l’équilibre historique de la diplomatie espagnole au Maghreb lors de son alignement sur les thèses marocaines. Aujourd’hui, Sánchez brandit cette réconciliation avec l’Algérie comme une réussite. De plus, son gouvernement s’apprête à faire voter en septembre une loi hautement symbolique : la naturalisation par lettre de nature des Sahraouis nés avant août 1977. Une démarche qui inclut les réfugiés installés dans le sud algérien et qui suscite, sans surprise, les grincements de dents du Makhzen.

À cela s’ajoute le nouveau statut international de Pedro Sánchez. Perçu à Alger comme le dirigeant occidental le plus critique envers l’offensive israélienne à Ghaza — n’hésitant pas à dénoncer un génocide —, ses convergences de vues avec la diplomatie algérienne à l’ONU ont grandement facilité le rétablissement de la confiance dès l’automne 2023.

Une délégation dominée par l’énergie et l’industrie

Sur le plan économique, la Realpolitik reprend ses droits. Face à un marché mondial hyper tendu par l’exclusion du gaz russe et l’instabilité au Moyen-Orient, l’Espagne veut verrouiller sa sécurité énergétique auprès du partenaire algérien, dont la fiabilité est déjà plébiscitée par l’Italie et l’Allemagne.

Les ambitions de Madrid : Selon des indiscrétions de la presse espagnole, la Moncloa espère négocier une augmentation de 10 % des livraisons de gaz par pipeline et un doublement des approvisionnements en Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Preuve de l’importance de l’enjeu, la délégation espagnole compte plus de patrons de l’énergie que de ministres.

Toutefois, la lune de miel ne se résume pas aux hydrocarbures. Madrid veut prendre le train de la diversification économique algérienne. Des rencontres sont programmées entre Sánchez et des chefs d’entreprises espagnoles spécialisées dans :

Les infrastructures et l’hydraulique.

L’agroalimentaire et l’ingénierie.

Les énergies renouvelables (notamment le solaire et l’hydrogène vert), deux secteurs où l’expertise ibérique cherche à se placer.

Ce déplacement pose les jalons d’une relance globale. En coulisses, on murmure déjà qu’une Réunion de Haut Niveau (RHN) bilatérale pourrait se tenir avant la fin de l’année 2026. Une première depuis 2018, signe que l’axe Alger-Madrid a définitivement retrouvé sa boussole.

K. H.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page