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Yazid Djellouli, PDG de Sonelgaz International : porter l’expertise algérienne au sommet du continent

Par Kahina Hammoudi 

L’Afrique énergétique se transforme sous l’effet des besoins massifs en électricité et de la course aux infrastructures. Dans ce paysage, Sonelgaz International entend inscrire l’Algérie non pas comme simple fournisseur ponctuel, mais comme acteur formateur et constructeur — une stratégie qui mêle diplomatie industrielle, transfert de compétences et opportunités commerciales. C’est le message que livre Yazid Djellouli lors de son passage à la Chaîne 3 : une feuille de route ambitieuse, articulée autour de réalisations concrètes et de projets d’envergure.

Un modèle éprouvé, exportable

La réussite récente à Niamey, où Sonelgaz a construit en un temps record une centrale de 40 MW — équivalant à près de 20% de la production nationale nigérienne — n’est pas un simple fait d’ingénierie. Elle constitue une démonstration de concept : l’Algérie est capable de concevoir, réaliser et mettre en service des installations essentielles dans des conditions souvent difficiles. Ce type d’intervention joue un rôle politique et symbolique : il renforce la crédibilité technique du pays et ouvre la porte à des contrats plus vastes sur le continent.

Du Niger au Tchad : la limite n’est pas la production mais le réseau

L’expérience tchadienne illustre bien une vérité trop souvent négligée : produire ne suffit pas si le réseau ne suit pas. Djellouli le rappelle sans détour en évoquant un parc photovoltaïque dont la puissance installée n’est que partiellement exploitée faute d’un transport adapté. Le diagnostic est double : d’une part, il faut accroître la capacité de production ; d’autre part, il est impératif de reconfigurer et moderniser les réseaux de transport et de distribution. C’est précisément sur cette complémentarité que Sonelgaz mise : construire des centrales, étudier les schémas de transport, et former les cadres locaux pour assurer la pérennité des opérations.

La formation comme levier stratégique

L’un des aspects les plus structurants de la stratégie algérienne est la dimension formation. Plutôt que de se contenter d’un rôle de fournisseur, Sonelgaz propose un transfert de compétences destiné à rendre progressivement autonomes les opérateurs nationaux. Au Tchad, des études ont été lancées pour adapter le réseau national ; parallèlement, des cadres tchadiens sont formés pour maîtriser la gestion de la production et de la distribution. Cette approche — honnête et déclarée comme telle par Djellouli — vise à inscrire la coopération sur le long terme et à limiter la dépendance technologique.

Des ambitions lourdes en Côte d’Ivoire et en Tunisie

Si les interventions dans les pays sahéliens montrent le savoir-faire opérationnel, les dossiers ivoiriens et tunisiens révèlent l’ambition régionale. En Côte d’Ivoire, Sonelgaz International négocie des projets conséquents : centrales de 700 à 1 000 MW qui, si elles voient le jour, placeront l’entreprise algérienne au rang des grands constructeurs africains. Ces projets exigent non seulement des capacités techniques accrues, mais aussi des garanties financières, des partenariats locaux solides et une gestion rigoureuse des risques politiques et environnementaux.

Avec la Tunisie, la dynamique est différente — plus intégrée et déjà matérialisée par l’export de quelque 600 MW via une ligne 400 kV. La proposition d’une IPP de 1 000 à 1 200 MW témoigne d’une logique d’interconnexion et d’intégration régionale : l’Algérie ne se contente pas d’exporter de l’énergie, elle envisage de co-construire des infrastructures majeures avec ses voisins. Si la démarche se concrétise, elle pourrait renforcer la résilience énergétique du Maghreb et créer des synergies industrielles.

Enjeux et limites à garder en tête

Plusieurs éléments tempèrent toutefois l’optimisme des annonces. D’abord, la réussite technique ne garantit pas le succès contractuel : calendriers, financement, clauses de maintenance et capacités de gestion locale restent des points durs. Ensuite, la compétitivité sur le marché africain se joue aussi face à des acteurs internationaux — entreprises chinoises, européennes et turques — qui disposent d’offres intégrées et de financements attractifs. Enfin, le volet socio-environnemental requis par les bailleurs internationaux impose des standards que Sonelgaz devra pleinement intégrer dans ses offres.

Une stratégie de « gagnant-gagnant » ?

Djellouli martèle l’idée d’une relation honnête et équilibrée : offrir savoir-faire et soutien, aider à développer les réseaux, puis se retirer quand l’autonomie est atteinte. C’est une formule qui sonne juste sur le papier et qui peut trouver un écho politique favorable auprès des partenaires africains. Mais sa mise en œuvre exige transparence contractuelle, suivi à long terme et mécanismes clairs de transfert technologique — sans quoi la tentation d’une dépendance renouvelée pourrait renaître.

 Un rôle à consolider

Sonelgaz International joue aujourd’hui une partition à plusieurs voix : ingénierie, formation, coopération politique. Ses prochains contrats, s’ils se concrétisent, pourraient effectivement hisser l’expertise algérienne « sur le toit de l’Afrique ». Reste à transformer les annonces en programmes maîtrisés, à l’aune des contraintes financières, techniques et institutionnelles. La véritable mesure du succès sera moins la puissance installée que la capacité des États partenaires à gérer, entretenir et exploiter ces infrastructures de façon durable et autonome.

K. H. 

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