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Darmanin à Alger : que peut changer cette visite ?

Par Kahina Hammoudi 

L’Algérie a adressé «une centaine» de demandes à la France pour récupérer des biens confisqués, a affirmé, lundi 18 mai, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, au terme d’une visite de travail à Alger. Le déplacement, marqué par une audience accordée par le Président Abdelmadjid Tebboune, pose une nouvelle étape dans la délicate réappropriation d’un butin politique dispersé à l’étranger.
«Nous devons renouer la confiance entre deux pays qui se respectent», a déclaré Darmanin après son entretien avec le chef de l’État algérien. Accompagné de «magistrats hauts placés», il a détaillé trois chantiers prioritaires discutés avec ses homologues algériens.

Le premier dossier est celui des biens mal acquis. Selon le ministre français, plus d’une centaine de demandes émanent des autorités algériennes pour que les saisies et confiscations opérées à l’étranger puissent revenir au peuple algérien. Le sujet, longuement abordé avec le ministre Lotfi Boudjemâa, sera approfondi début juin à Paris, où les magistrats algériens sont invités pour travailler avec les autorités judiciaires françaises afin de porter ces dossiers devant la justice hexagonale.
Ces démarches n’en sont pas moins anciennes et parfois bloquées. Le communiqué de la présidence algérienne rappelait, début avril, que 61 commissions rogatoires adressées à la France étaient restées sans réponse. Parmi les affaires les plus médiatisées figure celle d’Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie, dont la demande d’extradition avait été refusée par la justice française.

Le deuxième volet de la visite porte sur la lutte contre la criminalité organisée. «Nous partageons la difficulté de lutter contre les mafias», a lancé Darmanin en évoquant la «DZ Mafia» et d’autres réseaux qui, selon lui, alimentent notamment le trafic de stupéfiants visant la jeunesse. Les deux parties ont échangé «de très précieuses informations» et formulé des demandes d’extradition réciproques, laissant entendre une coopération opérationnelle sur les dossiers transfrontaliers.
La coopération s’étend aussi à la gestion pénitentiaire et à la justice civile, secteurs que le ministre a qualifiés d’«extrêmement importants» pour améliorer le quotidien des familles vivant des deux côtés de la Méditerranée. Protection de l’enfance, échanges de pratiques et prise en charge des dossiers individuels ont figuré parmi les sujets évoqués. Darmanin a cité, sans développer, le cas du journaliste Christophe Gleizes — affaire dont il dit avoir parlé «à la demande du Président Emmanuel Macron».

En filigrane, la visite montre un jeu d’équilibres : la France, soucieuse d’afficher une coopération judiciaire visible, et l’Algérie, déterminée à rapatrier des ressources et des dossiers longtemps en suspens. L’invitation faite au ministre Lotfi Boudjemâa de venir en France, suivie d’une visite annoncée du ministre algérien de l’Intérieur Saïd Sayoud, illustre une volonté de verrouiller ces canaux diplomatiques et judiciaires.
 

K. H. 

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