Baladna Algérie, phase II : L’enjeu qui prend forme dans le Sud du pays.

Par Nadera Rebiai 

La signature d’un deuxième lot de contrats, marque le passage d’un projet pharaonique de la planification à l’exécution, avec 3,5 milliards de dollars d’investissement total et un cheptel cible de 270 000 vaches… les chiffres sont vertigineux!

Le 23 avril 2026, au Centre international des conférences Abdellatif-Rahal à Alger, un deuxième lot de contrats du projet agricole et industriel de la société Baladna Algérie, destiné à la production de lait en poudre dans la wilaya d’Adrar, a été signé avec des partenaires algériens et étrangers pour un montant global dépassant 635 millions de dollars.

La cérémonie était présidée par le ministre de l’Agriculture Yacine El-Mahdi Oualid, en présence de l’ambassadeur du Qatar Abdelaziz Ali Al-Naama.

Ce deuxième lot n’est pas un événement isolé, il est seulement une suite à celui de juillet 2025.

Baladna Algérie avait déjà signé quatorze contrats d’une valeur globale de plus de 500 millions de dollars pour la première phase, dont le contrat principal confié à l’allemand GEA Technologies, estimé entre 140 et 170 millions d’euros, pour la fourniture d’équipements d’élevage et de transformation laitière.

L’architecture du projet

Ce deuxième lot couvre la constitution du cheptel, les travaux de génie civil, la réalisation d’une centrale à béton et des infrastructures d’hébergement, ainsi que le lancement du programme d’importation des vaches laitières.

Ce programme débutera en novembre 2026, à travers un pont aérien de 30 000 têtes provenant de neuf États américains, sur une durée de dix mois, le recours au fret aérien vise à réduire la durée du transport et de préserver la santé du cheptel.

Les partenaires internationaux de la phase II incluent GEA (Allemagne) pour les équipements laitiers, Valmont (États-Unis) pour les systèmes d’irrigation, UCC (Qatar) pour la construction, et des entreprises algériennes telles que Condor-Travocovia, RedMed et EFORHYD.

En parallèle, Sept entreprises algériennes sont associées à cette phase, dont la Société nationale de génie civil et bâtiment, filiale de Sonatrach, chargée d’aménager les principales infrastructures d’élevage conçues pour accueillir 33 250 vaches laitières.

Le contexte : une dépendance structurelle coûteuse

Pour saisir les enjeux, il faut revenir à la situation de la filière laitière algérienne, selon le rapport 2024 de la Cour des comptes, entre 2009 et 2023, l’Algérie a importé pour plus de 20 milliards de dollars de poudre de lait et de lait infantile, et l’État a dépensé près de 800 milliards de dinars en soutien financier direct ; soit un total approchant 26 milliards de dollars.

Le rapport note que le marché laitier algérien demeure dépendant des importations à hauteur de 60 %.

Les objectifs affichés

À terme, l’usine Baladna devrait produire environ 100 000 tonnes de lait en poudre par an, permettant de couvrir près de la moitié des besoins nationaux, une estimation confirmée par l’union des producteurs soulignant que l’Algérie pourrait ainsi économiser près de 600 millions de dollars par an  et renforcer sa position comme pôle régional dans l’industrie laitière et générer plus de 15 000 emplois.

Horizons et Réalités

Faut le dire, le projet Baladna n’est pas un investissement classique, il porte quelque chose d’inédit dans ses contrats, la vision de l’état non pas importer un produit, non pas subventionner sa consommation, mais importer la capacité de le produire… C’est un changement de paradigme.

Si Baladna tient ses promesses dans le désert d’Adrar, l’Algérie n’aura pas seulement résolu un problème alimentaire, elle aura démontré que le Sahara, longtemps compté comme contrainte peut nourrir ce qu’il semblait condamner à importer.

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N.R

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