Fin du régime d’exception Covid : le marché du médicament face à une nouvelle donne

Par Nadera Rebiai
Le 14 avril 2026, la Direction générale des impôts algérienne a sorti l’instruction n° 23/2026, qui met fin au régime d’exonération mis en place au plus fort de la pandémie de Covid-19.
Derrière ce jargon administratif, c’est toute la filière des produits de santé qui est concernée : importateurs, distributeurs, fabricants, hôpitaux… et ce, dans un marché déjà secoué depuis des mois par des perturbations qui n’en finissent pas.
Concrètement, qu’est-ce qui change pour les acteurs du secteur ?
Le régime qui disparaissait était assez large : il couvrait tous les produits pharmaceutiques liés à la lutte contre le coronavirus, les dispositifs médicaux, les équipements de détection et de protection, ainsi que les matières premières pour leur fabrication locale; désormais, pour tous ces produits, on revient au droit commun du jour au lendemain.
Ce qui veut dire qu’il faut revoir les coûts à l’importation, à la production et à la distribution.
Mais tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne, les produits avec de faibles marges ou très dépendants de l’importation risquent d’être les plus touchés, à l’inverse, ceux fabriqués localement ou soumis à des prix réglementés devraient mieux s’en sortir.
Un marché déjà sous tension avant cette décision
Depuis des mois, le marché algérien du médicament connaît des soucis qui ne sont pas encore réglés : des ruptures de stock sur certaines molécules obligent les pharmacies et les hôpitaux à trouver des alternatives ou à attendre plus longtemps pour être approvisionnés. C’est dans ce climat déjà tendu que ce changement réglementaire arrive.
Pour les opérateurs qui ont bâti leurs modèles autour de ce régime préférentiel pendant six ans, il faut tout recalculer rapidement, pour les établissements de santé publics et privés, la question reste entière : comment assurer la continuité de l’approvisionnement en produits essentiels ?
Vers un marché fondé sur la production locale
L’État a des ambitions claires en matière de souveraineté pharmaceutique, la facture d’importation des médicaments a déjà été considérablement réduite, passant de 1,25 milliard de dollars en 2022 à 515 millions en 2024 et cela grâce à la montée en puissance de la production locale, qui couvre aujourd’hui près de 82 % des besoins nationaux.
Dans cette optique, la fin des exonérations Covid pourrait être une façon indirecte de pousser à accélérer les investissements industriels dans le secteur, en rendant la production locale plus compétitive par rapport à l’importation.
Une transition à gérer avec soin
Les marchés de la santé ne suivent pas le même rythme que les textes réglementaires, une instruction peut entrer en vigueur en quelques semaines, alors qu’une chaîne d’approvisionnement met des années à se reconstruire, C’est là, dans ce décalage « entre le temps de la norme et le temps du terrain » , que se joue la vraie question posée par l’instruction n° 23/2026 : moins ce qu’elle supprime que ce qu’elle met en lumière.
Synapse — quand l’actualité rencontre l’ampleur du défi.
N.R




