L’Algérie a-t-elle eu raison de ne pas rejoindre les BRICS+ ?
Par Lynda.N
La guerre américano-israélienne contre l’Iran révèle l’impuissance structurelle d’une alliance sans mécanisme de solidarité.
Un membre brûle, le bloc regarde ailleurs. L’Algérie, restée à l’écart, peut méditer la leçon sans amertume.
Depuis le 28 février 2026, l’Iran est en guerre.
Les frappes américano-israéliennes de l’opération Epic Fury ont rasé des installations militaires, tué le guide suprême Ali Khamenei et plongé le pays dans un chaos dont l’issue reste incertaine.
L’Iran n’est pas un pays tiers dans cette affaire. C’est un membre à part entière des BRICS+, admis en grande pompe le 1er janvier 2024 comme symbole du nouvel ordre mondial que le bloc entendait incarner. Le symbole a fait long feu.
Depuis le début du conflit, les BRICS+ n’ont publié aucune déclaration collective. Le bloc affiche une fracture nette.
D’un côté, la Chine, la Russie et le Brésil condamnent les frappes. De l’autre, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Égypte et les Émirats arabes unis appellent à la désescalade sans prendre clairement parti.
Trois jours après l’assassinat de Khamenei, le groupe présenté comme le porte-voix du Sud global demeurait introuvable. La paralysie a un nom. New Delhi, qui préside les BRICS en 2026, a donné la priorité à ses propres intérêts plutôt qu’aux objectifs de l’alliance.
Modi venait de signer en Israël plusieurs accords dans les domaines de la défense et de l’intelligence artificielle.
Le 1er mars, l’Inde a condamné les frappes iraniennes de représailles contre les Émirats sans nommer Téhéran, une position interprétée par plusieurs analystes comme un alignement de fait sur le camp américano-israélien.
La Russie, alliée déclarée de l’Iran, a critiqué les attaques sans faire état d’aucune volonté d’intervention. Des mots, pas des actes.
Cette impuissance n’est pas vraiment une surprise. Elle est inscrite dans les textes fondateurs. Les BRICS+ ne disposent d’aucune clause de défense mutuelle, d’aucun mécanisme de sécurité collective, d’aucun fonds de solidarité en cas de crise.
En juin 2025, lors d’un premier round de frappes israéliennes, le bloc avait au moins adopté une déclaration conjointe condamnant les attaques comme une violation de la Charte de l’ONU. Neuf mois plus tard, sous présidence indienne, même ce minimum symbolique n’a pas été atteint.
Alger a frappé à cette porte deux fois. En 2023, sa candidature a été rejetée. En 2024, elle s’est retirée du processus avec une formule cinglante, refusant d’intégrer un groupe où elle n’était pas désirée.
Rétrospectivement, la question mérite d’être posée autrement. Non pas si l’Algérie a été sous estimée, mais si elle a évité un piège. L’appartenance aux BRICS+ n’offre aucune protection réelle.
Elle crée des obligations rhétoriques sans garanties concrètes, expose à des divisions internes paralysantes et contraint les membres à choisir leur camp dans des conflits qui ne les concernent pas directement.
Membre du bloc, l’Algérie aurait dû se positionner sur les frappes américaines, sur la réponse iranienne contre les Émirats, sur un conflit impliquant plusieurs de ses partenaires commerciaux et énergétiques simultanément. La neutralité, dans ce cas, n’aurait pas été gratuite.
En restant à l’écart, Alger préserve sa liberté d’arbitrage, notamment sur le dossier énergétique où elle joue aujourd’hui une carte européenne sans entraves. Il y a une ironie dans tout cela. L’Algérie siège discrètement à la Nouvelle Banque de Développement, le bras financier des BRICS, sans être membre politique du groupe.
Elle accède aux financements alternatifs au FMI sans devoir prendre position sur Téhéran, sur Kiev ou sur Abu Dhabi. C’est peut-être là la posture la plus lucide qu’un pays de sa taille puisse adopter dans un monde où les alliances proclament beaucoup et garantissent peu.
Les BRICS+ voulaient incarner un ordre alternatif. La guerre en Iran révèle qu’ils ne sont, pour l’heure, qu’un forum, utile pour le commerce, impuissant face aux bombes.
L.N




