L’Algérie plaide pour la reconnaissance du colonialisme comme “crime contre l’humanité” devant l’Union africaine

Par Lynda.N
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a appelé dimanche à Addis-Abeba à l’inscription du colonialisme parmi les crimes internationaux les plus graves, lors d’une réunion consacrée aux séquelles de la domination coloniale en Afrique.
En marge du 39e sommet de l’Union africaine (UA) dans la capitale éthiopienne, les dirigeants africains se sont penchés sur une question qui hante encore le continent : comment qualifier juridiquement les atrocités commises durant les périodes d’esclavage, de déportation forcée et de colonisation ?
C’est dans ce contexte que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a fait entendre sa voix, portant la parole d’un pays marqué par 132 années d’une colonisation qu’il qualifie de “peuplement d’une extrême brutalité”.
Dans son intervention, lue par le premier ministre Sifi Ghreib, le président de la République a salué le travail de la Commission de l’Union africaine pour le droit international, qui a préparé une étude sur la qualification juridique du colonialisme. L’Algérie, a-t-il affirmé, “soutient pleinement toutes les initiatives” visant à établir une approche juridique claire inscrivant le colonialisme parmi les crimes internationaux les plus graves.
Pour l’Algérie, il s’agit d’établir une “justice historique équitable” qui reconnaîtrait officiellement la nature criminelle des pratiques coloniales, à savoir esclavage, déportations forcées, nettoyage ethnique, torture, déplacements de populations et persécution systématique.
L’ “Appel d’Alger” et ses recommandations
Le président de la République a rappelé l’organisation, fin 2025, d’une conférence internationale de haut niveau à Alger, co-organisée avec la Commission de l’UA.
Intitulée “Les crimes du colonialisme en Afrique : vers l’établissement de la vérité historique et la criminalisation du colonialisme”, cette rencontre a réuni ministres des Affaires étrangères, juristes internationaux, historiens et universitaires d’Afrique, d’Europe, des Amériques et des Caraïbes.
Les discussions ont abouti à l’adoption de l’“Appel d’Alger”, un document programmatique formulant plusieurs recommandations.
L’on citera la reconnaissance officielle des crimes coloniaux, l’inscription explicite de la criminalisation du colonialisme dans le droit international, le renforcement de la documentation des crimes coloniaux, la préservation de la mémoire historique africaine, la restitution des biens culturels pillés, des archives nationales et des restes humains des victimes du colonialisme, et la reconnaissance de la responsabilité internationale face aux conséquences environnementales et économiques profondes des politiques coloniales.
Il va sans dire que que l’Algérie ne mène pas ce combat seule. Aux côtés du Togo, de l’Afrique du Sud et du Ghana, elle a reçu mandat de l’UA pour suivre la mise en œuvre de la résolution 934, inscrite parmi les activités thématiques de l’organisation panafricaine pour 2025.
Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à fournir “tous les documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables” aux instances juridiques africaines compétentes, s’appuyant sur l’expérience douloureuse de l’Algérie.
L.N




