Tillie Martinussen, l’élue groenlandaise qui claque la porte au rêve colonial de Trump
«Nous ne vendons pas notre souveraineté pour les rêves cupides de Trump» : Tillie Martinussen défie l'Amérique impériale en Arctique.
Par Kahina Hammoudi
Tillie Martinussen, élue groenlandaise au verbe cash et au cœur fier, vient d’infliger une claque magistrale à Donald Trump.
Face à ses obsessions d’achat territorial – ce fantasme absurde de s’offrir le Groenland comme un vulgaire terrain de golf –, elle répond sans filtre : «Trump ne connaît rien au peuple groenlandais».
Pas de chichis, pas de diplomatie lisse : une vérité brute qui humilie l’ex-milliardaire et expose la vacuité de son Amérique cupide.
Des valeurs incompatibles : au-delà de l’argent et des Kardashian
Martinussen démonte pièce par pièce le mirage trumpien. «Nous n’accordons pas une grande importance à l’argent, aux lèvres à la Kardashian, aux faux seins et à ce genre de choses qu’aime Trump», lâche-t-elle.
Au Groenland, la propriété privée n’existe pas pour les terres : «On ne peut même pas posséder de terres. Les Groenlandais ne croient pas que la terre appartienne à une seule personne, mais à tous».
Cette philosophie communautaire défie le cœur battant du capitalisme américain : l’accumulation individuelle. Économiquement, c’est un modèle alternatif à l’ultralibéralisme trumpien, où la richesse se mesure en dollars et en domination.
Le Groenland, avec son PIB par habitant dopé par les subventions danoises (environ 50 000 dollars, selon les données de la Banque mondiale), privilégie la redistribution.
Gratuité des soins, de l’éducation – financée par l’État jusqu’aux études supérieures –, voilà un État-providence qui fait rougir les inégalités béantes des États-Unis, où 28 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie (chiffres CDC 2025).
Trump propose de l’argent ? «Même cent mille dollars par personne ne nous fera pas renoncer à notre souveraineté, à notre Europe, à nos services gratuits», rétorque Martinussen.
Une leçon pour les peuples dominés : la dignité vaut plus que les billets verts.
Souveraineté groenlandaise : un rempart contre l’expansionnisme yankee
Géopolitiquement, le Groenland n’est pas une marchandise. «Nous sommes un peuple pleinement souverain au sein du royaume du Danemark. Nous sommes autonomes», insiste l’élue.
Depuis l’autonomie de 2009, Nuuk gère ses ressources intérieures, tandis que Copenhague garde la défense et la politique étrangère. Mais Trump, obsédé par l’Arctique – riche en terres rares, pétrole et routes maritimes dégagées par le réchauffement (près de 13% des réserves mondiales de terres rares, selon l’USGS) –, voit là un trophée stratégique.
Son offre d’achat ravive les fantômes coloniaux. Martinussen le sait : «Tout le monde ici connaît le sort des Inuits d’Alaska et des Amérindiens. Leurs terres leur ont été volées». Aux États-Unis, les tribus autochtones contrôlent moins de 2% de leurs territoires ancestraux, pillés par les trusts pétroliers et miniers. Sous Trump, les politiques pro-« pouvoir blanc » (entourage complotiste et suprémaciste) accentuent le risque. «Nous sommes des personnes de couleur, nos droits seraient bafoués», alerte-t-elle.
Face à la Chine et la Russie qui courtisent l’Arctique (Pékin investit déjà dans les mines groenlandaises), Washington rêve de base militaire. Mais Nuuk refuse : pas d’invasion alliée pour de la « cupidité », comme le dit Martinussen, évoquant Irak ou Libye.
L’État-providence danois vs. l’Amérique trumpienne : un fossé économique béant
Le contraste est criant. «Nous avons des soins gratuits, des études financées par l’État. Nous ne troquerions notre État-providence pour rien au monde», martèle-t-elle. Le modèle danois-groenlandais, avec un taux de chômage bas (6-7%, Eurostat 2025) et une espérance de vie de 71 ans malgré le climat hostile, surpasse l’Amérique divisée. Là-bas, les manifestations contre l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) – qui cible les « personnes de couleur », note Martinussen – révèlent un pays fracturé : 40 millions de pauvres (Census Bureau), des invasions pour le pétrole, une avidité qui « tue même ses alliés ».
Économiquement, intégrer le Groenland aux USA signifierait liquider ce filet social pour un néolibéralisme sauvage : privatisation des mines, endettement public explosé (déjà 36 milliards de dollars danois de dette pour Nuuk). Géopolitiquement, ce serait un pion US dans la « Nouvelle Guerre froide arctique », au détriment de l’équilibre nordique.
Trump incarne l’exploitation ; le Groenland, la résistance collective.
Une humiliation qui résonne au-delà de l’Arctique
Ce n’est pas qu’un rejet : c’est un dégoût viscéral pour ce que Trump représente – domination, racisme économique, pillage impérial.
Tillie Martinussen parle pour tous les peuples autochtones, du Sahara algérien aux Inuits alaskans : la terre n’est pas à vendre. Son coup de gueule humilie Trump et interroge : dans un monde de ressources rares, la souveraineté communautaire peut-elle encore barrer la route aux rapaces ?
K. H.





