Sahara occidental : le Makhzen essuie un camouflet diplomatique à New York

Par Kahina Hammoudi
À New York, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies a une nouvelle fois rappelé que la question du Sahara occidental demeure une question de décolonisation inachevée. Le projet de résolution relatif au territoire a recueilli, selon les informations relayées jeudi, le soutien de 137 États, contre deux votes opposés et six abstentions — un score qui traduit l’isolement croissant de la position marocaine sur la scène onusienne.
Face à cette évidence, le Makhzen a déployé ses relais diplomatiques pour limiter la casse. Consigne ont été donnée à ses alliés : s’abstenir, voire quitter la salle, afin de réduire mécaniquement le nombre des voix favorables au peuple sahraoui. Une stratégie de façade, qui ne change rien au fond du dossier.
Une question de décolonisation, pas de « régionalisme »
Le Sahara occidental figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes établie par l’ONU. Son statut n’a donc rien d’un simple différend frontalier : il relève du droit à l’autodétermination, principe cardinal de la Charte des Nations unies et de la résolution 1514 sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux.
En prenant acte du rapport du Secrétaire général daté du 31 juillet 2026, la Quatrième Commission a réaffirmé que le dossier sahraoui relève bien de la décolonisation. Un rappel solennel, à l’heure où certains tentent de requalifier un conflit colonial en banale question de gestion territoriale.
La Cour internationale de Justice avait déjà tranché, dès 1975 : les liens juridiques mis en avant par le Maroc ne suffisaient pas à priver la population du territoire de son droit à l’autodétermination, devant s’exercer librement et authentiquement. Un demi-siècle plus tard, ce constat demeure intact.
Le Polisario refuse le fait accompli
Pour le Front Polisario, la ligne est claire : aucune solution ne peut être imposée de l’extérieur, et le plan d’« autonomie » marocain ne saurait se substituer à la libre expression de la volonté du peuple sahraoui. Le droit à l’autodétermination n’est pas une option négociable ; c’est un droit inaliénable.
Le débat se déroule alors que l’avenir de la MINURSO, la mission onusienne déployée au Sahara occidental, continue d’alimenter les discussions à New York. Son mandat a été prorogé jusqu’au 31 octobre 2026, dans un contexte de blocage politique persistant.
Une population toujours sous pression
Au-delà des salles de vote, il y a la réalité du terrain : arrestations, restrictions des libertés, répression des voix qui réclament l’indépendance, et difficultés d’accès au territoire pour les observateurs internationaux. Les défenseurs des droits humains sahraouis dénoncent régulièrement les conditions de détention des prisonniers politiques et l’absence de mécanismes indépendants de surveillance.
Tant que la parole du peuple sahraoui ne sera pas librement recueillie, aucune architecture diplomatique ne pourra prétendre régler définitivement ce conflit. La communauté internationale vient de le rappeler : la décolonisation du Sahara occidental reste une tâche inachevée.
K. H.




