Loi de finances 2027 : comment financer les hausses de salaires sans taxer le pouvoir d’achat ?

Par Kahina Hammoudi
Revalorisation des salaires intégrée dans le budget, aucune taxe nouvelle pour les ménages : le Conseil des ministres du 4 octobre a fixé un cap clair pour la loi de finances (LF) 2027. Reste l’équation budgétaire : comment concilier ces deux engagements avec la situation du Trésor ? Les déclarations du Président, celles de l’expert Nazim Sini et les données disponibles permettent d’en dessiner les contours.
Deux engagements, un même budget
Le 3 octobre, devant la presse nationale, le Président Abdelmadjid Tebboune a maintenu sa promesse d’augmenter les salaires en 2027, « en une ou deux tranches », en fonction des données économiques et de la situation du Trésor. Le lendemain, le Conseil des ministres a ordonné d’intégrer ces revalorisations dans le projet de LF 2027, « conformément aux engagements pris devant l’ensemble des Algériennes et des Algériens ».
Le même jour, le chef de l’État a demandé de n’introduire aucune taxe ni aucun impôt portant atteinte au pouvoir d’achat, qu’il s’agisse de la classe moyenne ou des revenus modestes. Le projet de loi a été adopté à l’issue de ces directives.
La LF 2027 doit donc financer une hausse de la masse salariale sans alourdir la fiscalité des ménages. Les montants, les catégories concernées et le calendrier des tranches n’ont pas encore été rendus publics.
Les recettes : croissance, hydrocarbures, diversification
Le président a présenté une économie «sur des bases solides». Selon lui, la croissance dépasse 4 % et le PIB pourrait franchir les 400 milliards de dollars au premier trimestre 2027. Il a cité les mines, la pharmacie et la sidérurgie comme moteurs de la période à venir.
Il a aussi indiqué que l’Algérie travaille à dégager un revenu stable d’au moins 50 milliards de dollars par an, dans une stratégie de diversification des ressources. Un PIB plus élevé élargit mécaniquement l’assiette des recettes, sans toucher aux taux d’imposition. C’est la voie que le président semble privilégier.
Le contexte pétrolier joue aussi : le Brent évoluait cette semaine autour de 100 dollars le baril. Son effet sur les recettes de la LF 2027 dépendra du prix de référence retenu dans le texte, qui n’a pas été communiqué. C’est un point à vérifier à la publication du projet.
Les économies : importations et surfacturation
Le second levier est celui de la dépense en devises. Le président a affirmé que l’Algérie réduit sa facture d’importation, en citant l’exemple des fournitures scolaires, autrefois largement importées. Il a aussi dénoncé des opérateurs ayant importé pour 750 millions de dollars afin de produire et d’exporter l’équivalent de 29 millions, en promettant de ne pas revenir aux pratiques de surfacturation et de « saignée des devises ».
Il a ajouté que la numérisation a permis de mettre au jour des manipulations, notamment dans l’accès au droit de change garanti par l’État. Préserver les réserves de change est, dans cette logique, une façon de dégager des marges sans impôt supplémentaire. Le président a d’ailleurs évoqué des réserves élevées à l’horizon 2031.
Le risque inflationniste : l’avertissement de Nazim Sini
L’expert Nazim Sini, invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, juge pertinente l’idée d’une hausse programmée dans le temps. Il explique que cette maîtrise, voire ce calibrage, vise à éviter un choc inflationniste, car « augmenter trop de fois les salaires », selon certaines théories économiques, peut nourrir l’inflation.
Il rappelle que, dans de nombreux pays, le pouvoir d’achat est grignoté par une inflation liée à l’énergie, comme en Europe, importateur net d’hydrocarbures. La hausse des salaires ne protège le pouvoir d’achat que si les prix restent sous contrôle. Il plaide donc pour une « double action » :
- augmenter les salaires, de façon progressive ;
- renforcer le contrôle des prix, en particulier des fruits et légumes, dont les prix à la base sont bas mais multipliés par les intermédiaires spéculatifs.
Prix : cibler les intermédiaires
Sur ce second volet, la parole présidentielle va dans le même sens. Le chef de l’État a jugé inacceptable la hausse des prix due à la spéculation, estimé que les enquêtes montraient que les agriculteurs n’en étaient pas responsables et dénoncé « la cupidité et la volonté de réaliser un profit rapide ». Il a affirmé avoir donné des instructions au gouvernement.
M. Sini propose de cibler les semi-grossistes, où se multiplient selon lui des pratiques anticoncurrentielles : des cartels qui s’accordent sur un prix fixe, si bien que changer de fournisseur n’apporte aucune baisse. Il recommande un contrôle systématique, des sanctions dissuasives et l’interconnexion des services de contrôle.
K. H.




