Un dinar « réévalué » au coeur de la stratégie de Tebboune: Éléments d’appréciation…

La réévaluation du dinar est inscrite au programme des mesures de sauvegarde de l’économie nationale et notamment du renforcement du pouvoir d’achat.

Le président Tebboune a en effet évoqué la question en indiquant qu’il est temps de renforcer la valeur de la monnaie nationale qui s’est dépréciée consécutivement aux décisions inappropriées qui avaient été prises avant 2019 par l’ancien système.

Rappelons que les pouvoirs publics de l’époque avaient en effet recouru à la planche à billets, procédant à l’injection de l’équivalent de 55 milliards de dollars dans le circuit.

D’énormes sommes sans contrepartie réelle-une sorte de fausse richesse imprimée- sont venues inonder le marché créant un déséquilibre monétaire qui a conduit à un grave excédent de monnaie. Conséquence: le dinar s’est laissé déprécier face à une contrepartie fictive.

À ce jour, les conséquences de la planche à billets sont ressenties sur le marché, avec notamment l’aggravation de l’inflation qui atteint les « 8% pour cent » selon le président Tebboune qui rappelle son objectif de la ramener à 4 pour cent.

En clair, l’Algérie à l’époque a produit de la monnaie , au lieu et place de la richesse au sens de l’investissement.

Le défi aujourd’hui étant d’absorber, voire de contenir ces écarts entre le réel et le fictif consiste aussi à réajuster la valeur du dinar suivant une stratégie économiquement acceptable. Et reposant sur des mécanismes monétaires bâtis autour des réalités que renvoie le paysage économique global du pays, notamment le niveau de production, celui des exportations hors hydrocarbures ainsi que l’impératif de maîtrise des importations.

Abdelmadjid Tebboune dans son exposé rappelle pour l’exemple que 1 dollar s’échange actuellement à 140 DA et souhaite raffermir la monnaie nationale pour la ramener à un cours de 1 dollar pour 100 DA.

Cette projection pourrait contribuer à réduire la valeur des produits importés au bénéfice des opérateurs et surtout du consommateur final, le citoyen. Tebboune rappelle qu’actuellement la faiblesse du dinar participe au renchérissement des importations et constitue à ce titre un élément aggravant le pouvoir d’achat.

Le président souhaite ainsi agir sur la valeur du dinar pour soutenir le pouvoir d’achat dans le prolongement des mesures qu’il a prises notamment les augmentations de salaires et la revalorisation des pensions de retraites et l’institution des indemnités de chômages. Une somme d’instruments inscrites au chapitre du soutien social.

Économiquement, et au regard des éléments actuels , est-il possible d’envisager la réévaluation du dinar et sous quelles conditions ? Le président Tebboune dispose-t-il d’arguments financièrement suffisants pour fonder son analyse ?

Le chef de l’État part du principe que l’actuelle valeur du dinar n’est pas logique. Et qu’elle constitue une contrainte.

Il cite comme moyens autour desquels s’articule la faisabilité du redressement escompté du dinar par l’entrée en action des « 6000 investissements attendus ».

Un énorme flux de projets de création de richesses inscrits à l’agence de promotion des investissements dont 3000 devraient entrer en production prochainement. À ceux là, il ajoute pas moins de « 84 projets d’investissements étrangers directs ou en partenariat ».

Un flux important devant participer à redynamiser l’économie du pays et à fournir surtout un bel horizon pour la création de croissance. Soit pour atteindre un niveau d’autosatisfaction ou de prétendre à l’exportation.

Tebboune considère également comme prioritaire la maîtrise des dépenses liées aux importations. Ce qui contribuera à sauvegarder les réserves de change en devises.

Justement, dans l’action envisagée pour réévaluer le dinar il est nécessaire de disposer d’un matelas de devises assez conséquent. C’est  le niveau des réserves de change du pays qui va servir de contrepartie à la valeur du dinar. Et c’est également la certitude de pouvoir assurer un flux important et continu de recettes en devises qui va permettre d’envisager un raffermissement de la monnaie nationale.

À ce titre, il sera donc inéluctable de compter sur un accroissement obligatoire des exportations hors hydrocarbures d’une part et d’une maîtrise des importations d’autres part.

Qu’en est-il actuellement ?

Les exportations hors hydrocarbures ont atteint un record de 7 milliards de dollars puis ont reculé à un peu plus de 5 milliards de dollars en 2023. En face, les importations ont touché les 39 milliards de dollars en 2022 pour passer ensuite à 43 milliards en 2023. Autrement dit la dépense à l’import s’est aggravée de 4 milliards de dollars.

Il faut néanmoins signaler un point encourageant: La réduction de la facture d’importation des produits destinés à la revente en l’état. Elle était de 14 milliards de dollars en 2022 et elle passe à 10 milliards en 2023.

Le plus grand défi consiste à parvenir à financer nos importations incompressibles (médicaments, produits alimentaires, et tout ce qui rentre dans la revente en l’état) grâce aux recettes des exportations hors hydrocarbures. C’est à dire sans toucher aux revenus des hydrocarbures !

Ce n’est qu’à cette seule condition que l’on pourra réellement parler d’un début réel de sortie de la dépendance aux hydrocarbures.

Pour ce faire, l’Algérie devra exporter au minimum plus de 13 milliards de dollars. En hors hydrocarbures. Et s’assurer une facture d’importation des produits destinés à la revente en l’état réduite à moins de 10 milliards de dollars.

Ceci signifie que des économies de devises auront été assurées et un enrichissement des réserves de change aura été atteint.

C’est à cette condition entre autres, que la valeur du dinar pourrait être corrigée, pour être rétablie à la hausse. Bien entendu, d’autres préalables internes devront être honorés, tels la maîtrise des dépenses et la réduction des déficits. Mais la condition essentielle réside dans l’acte d’exportation et le niveau d’investissement productif.

L’analyse du président Tebboune tient compte des prévisions attendues des méga projets de phosphate intégré et des mines de fer de gara djebilet dont il est attendu du moins à l’horizon 2026 d’atteindre des résultats assez ambitieux. En termes de satisfaction domestique et d’exportation.

Il compte également sur la réduction des importations sur l’huile alimentaire (essentiellement produite localement d’ici 2025 ) soit une économie de près de 1 milliard de dollars et sur celle des céréales dont la moitié des besoins ( 5 millions de tonnes ) est encore importée alors qu’un programme d’autosatisfaction est déjà lancé pour en réduire davantage l’importation. L’agriculture avec ses 18% du pib est appelée à un rôle majeur dans la maîtrise des dépenses et la prétention à l’exportation.

Ce sont autant d’éléments qu’il est impératif de réunir afin de représenter une assise économique réelle destinée à justifier la véritable valeur du dinar.

En définitive le président de la république table sur l’année 2026 , inscrite comme année devant permettre de connaître la maturation des investissements et celle de l’aboutissement des projets enclenchés.

K.A

 

 

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