Retour sur les événements qui ont abouti au licenciement des 230 sapeurs pompiers par leur direction générale

À la veille, de la célébration de la journée mondiale des sapeurs pompiers (Le 04 mai), les événements se sont nettement accélérés ces derniers jours, avec la décision de suspension de 230 autres pompiers suite à leur protestation de dimanche dernier.

Pour rappel, 36 de leurs collègues ont été licenciés en 2018 suite à une tentative de protestation et de revendication de leurs droits.

Ils se sentent lésés dans leurs droits et ont voulu porter à la connaissance de l’opinion les faits tels qu’ils s’étaient déroulés. Ils ont souhaité rester anonymes par peur de représailles.

« On a été licencié depuis 2018, accusés à tort de quelque chose qu’on n’avait pas fait », fulmine de colère Moussa, sapeur pompier d’une wilaya de l’intérieur du pays. Accusés d’« intention de protestation », dit-il, selon le résumé du colonel Rami, alors qu’aucun rassemblement n’a été tenu. Les mis en cause ont été arrêtés par la police, alors qu’ils étaient à bord de leurs véhicules personnels aux environ de Tafourah (Alger). Certains étaient en congé, d’autres en permission au moment des faits qui remontent au 28/02/2018. Conduits au commissariat de Sidi M’hamed (Cavaignac), la police avait procédé seulement à des copies de leurs pièces d’identité sans plus, avant de les escorter jusqu’à la sortie d’Alger, aux environs de la gare routière, pour  les sommer de rejoindre leurs wilayas respectives.

Une fois arrivés à leur wilaya, les directions concernées ont remis des PV de sanction et les a informés qu’ils passeront le lendemain devant une commission.

La commission de la wilaya où réside Moussa a siégé sans la présence du directeur local de la protection civile, absent ce jour-là. La réunion de la commission a été reportée sine-die pour un mois et quelques jours, à savoir le 04/04/2018, sans que les prévenus soient officiellement convoqués par courrier recommandé par poste, comme  indiqué par la loi. Ils ont été informés par téléphone.

« C’est-là une première transgression de la loi », note Moussa.
La commission siège en présence du directeur de wilaya qui demande à ses éléments de fournir une preuve de ce qu’ils sont allés faire à Alger ce jour-là (le 18/02/2018). « On était accusés de «faute professionnelle », alors que c’est à lui de fournir la preuve tangible de notre accusation », explique notre interlocuteur.

«Vouloir protester n’est aucunement une faute professionnelle. La loi est claire là dessus », ajoute-t-il, avant d’enchainer : « Pour que ça soit valide, il faut un PV de police. On a vu nos dossiers, ils sont vides ».

Ce n’est que plus tard qu’ils ont appris que le résumé des faits, selon l’officier R. est arrivé par mail. Le directeur de wilaya leur a signifié clairement qu’il a « reçu des ordres venus d’en haut » en leur confirmant leur licenciement.

Au niveau de certaines wilaya, dont Boumedès, Béjaîa et Tipaza, les commissions paritaires ont émis le matin des décisions de réaffectation dans d’autres wilayas pour les sapeurs pompiers mis en cause. L’après midi, les commissions ont siégé une deuxième fois pour décider de leur licenciement.

A la wilaya d’El Tarf, les mis en cause ont déposé une plainte administrative à Annaba et ont eu gain de cause et étaient déclarés « acquittés ». Leur licenciement a été décidé après le pourvoi en cassation et leur passage devant le conseil d’Etat. « Une autre fois la loi est bafouée », note Moussa.

Notre interlocuteur précise que même les «décisions de licenciement sont arrivées en retard, dépassant le délai réglementaire ». Des recours sont adressés à la direction générale, ainsi qu’une plainte déposée contre le directeur général (ministère de l’intérieur).

Un autre licencié, Abderrahmane, affirme que lors d’une protestation contre le directeur de la wilaya d’Alger, (en présence du DG, Boualem B.  Boughlaf et l’inspecteur principal Mohamed K), le DG aurait indiqué aux protestataires : « vos dossiers sont à mon niveau. On sait que vous êtes lésés. J’interviendrai personnellement en votre faveur, étant un enfant du secteur. Je vous réintégrerai, dans le cas où vous ne le seriez pas par la justice».

« A présent, depuis une année et demie rien n’a changé pour nous. On souffre le martyre », déclare Abderrahmane, qui tient a souligné qu’«ils sont apolitiques. Ils n’ont rien à voir avec aucune chapelle politique. On travaille pour notre pays et tout travail mérite salaire à la hauteur de l’effort fourni ».

Rachid, de l’Ouest, lui aussi est du groupe des 36 licenciés, affirme avec beaucoup de désolation «Aux 36 que nous sommes viennent d’être licenciés 230 autres de nos collègues. C’est là l’Algérie nouvelle qui nous licencie, nous, jeunes, l’avenir du pays », précisant que selon les échos qui lui parviennent de ses collègues des autres wilayas, « les arrêts pleuvent sur les directions de wilaya, sans distinction aucune : agents, officiers de tous les grades ».

« Dans certaines wilaya, les agents ont déposé leurs tenues au niveau de leurs unités en guise de solidarité avec leurs collègues, au nombre de 266, licenciés », indique Rachid, selon ses informations.

Les licenciés sont unanimes à affirmer qu’ils sont pour « un dialogue responsable et conséquent, loin de tout amalgame et des promesses vides, sans lendemain », tout en réitérant qu’ils seront au rendez-vous dimanche prochain pour marquer de leur présence, une nouvelle fois, la journée de protestation prévue par le collectif des sapeurs pompiers.

A.Ben Ali

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