Maroc-Israël : le plein de normalisation et le vide de bénéfices

La question de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël a été relancée en février 2020 à l’occasion d’une visite officielle au Maroc de l’ancien chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Le roi du Maroc s’était montré prêt à établir une relation avec Israël en contrepartie d’un soutien américain à sa thèse sur la question du Sahara Occidental.

Le président Donald Tramp avait reconnu juste avant son départ de la maison blanche, la pleine souveraineté du Maroc sur le territoire disputé du Sahara occidental. C’est une décision solitaire et hâtive de l’ancien président des USA, sans consultation du congrès. Même si elle pourrait relever  de ses prérogatives, il est d’usage de mener une large consultation, car il s’agit d’une décision qui engage tout le pays. Le roi du Maroc s’engage pour sa part sur la voie de la normalisation.

En effet, le 22 décembre 2020, le Maroc normalise sa relation avec Israël. C’est une décision solitaire aussi du roi, le Parlement et les partis politiques n’ayant pas été consultés ni même informés préalablement.

On remarque ici, que l’ancien président des USA et le roi du Maroc ont agi d’une manière unilatérale : le premier mettant la nouvelle administration du président Joe Biden dans une contradiction avec la position américaine qui a toujours soutenu une solution sous l’égide de l’ONU, et le second en mettant toutes les instances du pays et les partis politique dans un marasme qui risque à tous moments de s’éclater au grand jour.

Un vrai problème de manquement démocratique sciemment étouffé qui risque à terme d’exploser, surtout au Maroc. Le front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation fait son petit chemin et commence à devenir menaçant. Une coalition regroupant des militants de gauche et islamistes, avait appelé à des sit-in dans plusieurs villes pour protester contre l’accord tripartite qui a conduit à cette normalisation.

Le temps nous démontrera ce qu’adviendra de cette action non démocratique. Voyons maintenant les résultats engendrés par cette relation après un peu plus d’un an :
Qu’aurait gagné le Maroc concernant la question du Sahara Occidental ?

Rien du tout : sur le plan international, la question du Sahara Occidental est toujours inscrite au niveau de l’ONU comme l’unique partie de l’Afrique qui reste à décoloniser et où il faut demander à sa population de s’exprimer dans un referendum d’auto-détermination.

La reconduite avec l’appui des USA du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), et la récente visite de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’organisation onusienne dans la région, en est la plus grande preuve.

Sur le plan continental, la république sahraouie démocratique (RASD) est toujours membre fondateur de l’Union Africaine, malgré les tentatives de son éviction de cette organisation par le Maroc et son allié Israël via leurs relais.

Au contraire c’est Israël qui a été évincé de l’organisation Africaine, essuyant une défaite diplomatique sans précédent, en essayant d’avoir le statut d’observateur avec un appui soutenu du Maroc. Cela pour avoir un œil sur le continent africain, afin de mettre à exécution ses visées de main mise sur ces pays .
En somme, mise à part cette défaite sanglante grâce à quelques pays africains dont l’Algérie, qui ont défendu ardemment l’Afrique contre l’intrusion forcée d’Israël, Qu’aurait gagné Israël de sa nouvelle relation avec le Maroc ?
Contrairement au Maroc Israël est gagnante sur tous les plans :

Bien entendu,sous une surveillance accrue de l’Algérie, Israël avance à un rythme soutenu dans ses visées de déstabiliser la région du Maghreb.

Les plans  d’Israël se sont traduits par la conclusion d’un accord de coopération sécuritaire, et ce lors de la récente visite à Rabat du ministre Israélien de la Défense.

Depuis, des médias israéliens et marocains se sont fait l’écho de l’acquisition par le Maroc de technologies de l’industrie de défense israélienne, de drones « kamikazes » et de logiciels de sécurité, comme le très controversé Pegasus de la société NSO avec lequel le Maroc a espionné un bon nombre de journalistes et hommes politiques à travers le monde y compris l’Algérie.

En outre, la ministre israélienne de l’Économie, a promis, selon le chef du bureau de liaison d’Israël au Maroc, cité par un média marocain que sa visite au Maroc « doit constituer une étape importante qui sera marquée par la signature d’un accord-cadre économique de grande envergure ».

En d’autres termes, le Maroc a ni plus ni moins offert à Israël,  sans grands bénéfices, un champ propice tant espéré pour son intrusion au Maghreb Arabe, et lui a ouvert un marché juteux de vente d’armes et de produits industriels.

Cette normalisation a permis aussi à une importante communauté juive au Maroc de prospérer, et aux touristes israéliens d’exhiber leurs fantasmes au grand dam de la population marocaine.

Alors, quand pourrait- t-on prendre conscience de cette réalité ? Y a-t-il au Maroc une volonté de remettre en cause une décision aux conséquences désastreuses sur le plan surtout, interne ?

Le Maroc doit comprendre que sa relation avec cette entité n’est nullement, et ne serait jamais à son avantage ni sur le plan militaire et encore moins sur le plan économique.

Militairement, Israël n’arrive pas à venir à bout d’une résistance palestinienne malgré plusieurs guerres, et son bouclier anti missile n’a pas été du tout d’une très grande efficacité. Alors comment peut-on arriver à protéger le Maroc contre une puissance beaucoup plus grande en cas de guerre ?

Économiquement, aucun indice positif n’a été enregistré jusqu’à maintenant dans la balance commerciale des pays normalisateurs avec cette entité.

Le roi du Maroc doit savoir, que le problème du Sahara Occidental restera posé tant qu’il y a un peuple qui continue à  se soulever haut et fort, et tant qu’il y a dans le monde une volonté pour défendre les peuples opprimés.

A bon entendeur.

Docteur Rafik Alloui

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