Législatives: l’abstention qui parle haut et fort…

Après un premier dépouillement des législatives du 12 juin 2021, l’ANIE a annoncé un taux de participation national provisoire de 30,20 %. À titre de comparaison, lors des dernières législatives de mai 2017, le taux final de la participation a été de 35,70 %, alors qu’on 2012 les élections législatives ont atteint42,90 %.

Mais quoi qu’il arrive, on s’en accommodera. « Pour moi, le taux de participation n’a pas d’importance. Ce qui m’importe, c’est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante », a d’ores et déjà expliqué le président, Abdelmadjid Tebboune,en se basant certainement sur la loi électorale.

Cette loi électorale qui fait fi du nombre de suffrages exprimés, qui a en effet déjà permis d’entériner les résultats de deux élections capitales (élection    présidentielle et révision de la constitution) en dépit des très faibles taux de participation qu’elles avaient enregistré.

En effet, la présidentielle de décembre 2019, n’a enregistré que 40 %, alors que le taux national de participation au référendum sur la révision de la Constitution a atteint seulement 23,7%. Comment expliquer ce faible taux de participations à ces échéances électorales, les plus importantes dans la vie politique de l’Algérie?

Le droit de vote est l’une des prérogatives principales du citoyen dans un régime démocratique. Dans la mesure où le vote est défini comme « la participation citoyenne à une élection libre et pluraliste ». L’abstention représente-t-elle l’attitude inverse, autrement dit celle qui consiste pour le citoyen à ne pas exercer son droit de vote ?

L’abstentionniste serait ainsi : le citoyen inscrit sur les listes électorales qui ne prend pas part au scrutin. En Algérie, le calcul de l’abstention est d’ailleurs effectué selon ce critère.

À l’inverse, l’abstention, dans un sens large, prend en compte l’ensemble des individus en âge de voter et qui ne le font pas. Tel est le cas aux États-Unis où chaque citoyen en âge de voter mais n’exerçant pas ce droit est comptabilisé comme abstentionniste.

Pour mieux cerner les contours du phénomène abstentionniste en Algérie, il convient de rappeler que la signification de l’abstention peut être appréhendée à travers deux perspectives radicalement différentes : l’une apolitique et l’autre politique.

Dans l’approche apolitique, l’abstention est considérée comme un comportement reflétant une indifférence ou une absence d’intérêt à l’égard de la chose politique

Si l’abstention peut effectivement refléter une absence ou un manque d’intérêt pour la chose électorale, elle ne peut, en aucun cas, se résumer à cette seule explication. Car s’abstenir de voter consiste aussi à prendre position vis-à-vis des candidats, de l’élite dirigeante, de l’opposition et des valeurs que tous ces acteurs véhiculent.

Dans une perspective politique, l’abstention obéit à une toute autre logique. Ce n’est pas l’indifférence qui dicte l’abstention mais la perception que le citoyen a du vote. Aussi choisit-il, en toute connaissance de cause, de ne pas voter.

L’abstention apparaît ainsi comme un acte éminemment politique, puisqu’il revient à contester le fonctionnement du champ politique. Ce qui ressemble à de la passivité est en fait le signe et l’expression d’une rupture entre l’électeur, d’une part, le candidat à l’élection et le régime politique, d’autre part. L’abstention n’est pas un acte passif, mais une action militante.

Que l’on considère l’abstention comme un acte politique ou comme relevant de la non-politisation ou de la dépolitisation, l’amplification de ce phénomène pose un problème grave. Cette gravité tient au fait qu’une minorité décide finalement pour la majorité. Or, une crise de représentativité aboutit presque fatalement à une crise de légitimité des élus et à une crise politique.

N’est-il pas temps de comprendre le message de cette abstention répétées ?

A bon entendeur…

Docteur  Rafik Alloui

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