Le D.G de Salam Bank Algérie, Nasser Hideur: L’opportunité gagnante de la banque islamique

La banque islamique , une vision autrement plus rentable.
Nasser Hideur, le patron d’Essalam Bank, cet établissement qui a réussi la prouesse d’une croissance à deux chiffres, nous explique l’opportunité économique d’un tel mode de financement.
En vieux routier de la finance islamique , il aura permis à sa banque de s’affirmer comme un modèle de réussite susceptible d’encourager la vision des autorités monétaires en la matière.

 

1/Présentation succincte d’Essalem Banque. Sa politique de développement. Ses chiffres, son réseau et ses ambitions.

Salam Bank Algérie est une Banque de droit algérien dont les actionnaires sont des investisseurs provenant de plusieurs pays arabes (Arabie saoudite, Jordanie, Emirats, Bahreïn, Liban, Yémen, Soudan…) Elle a été agrée en 2008 et exerce son activité sur la base des préceptes de la chari’a musulmane dans le respect des dispositions légales et règlementaires régissant la profession bancaire.

Au début, notre banque était dédiée aux entreprises. Ce n’est qu’en 2016 qu’elle a étendu ses prestations d’Epargne et de crédit aux particuliers. Un banque islamique ne pouvait en effet pas rester à l’écart du marché des ménages qui est particulièrement sensible à la problématique de la conformité de certains services bancaires classiques aux principes de la chari’a musulmane.

 

Nous sommes donc une banque universelle qui propose une gamme de produits diversifiée répondant aux besoins des opérateurs économiques en matière de paiement, d’encaissement, de placement, d’investissement, de financement, de commerce extérieur… etc. La finance islamique offre des solutions alternatives compatibles aux préceptes de la chari’a qui permettent de répondre à l’ensemble de ces besoins tout en intégrant toutes les autres techniques bancaires qui ne soulèvent pas de problèmes du point de vue de ces principes.

Notre réseau se compose actuellement de 18 agences en activité : Alger (6), Oran (2), Blida, Sétif, Constantine, Annaba, Batna, Biskra, Ouargla, Adrar, Msila, Ain oussara et de trois agences en cours d’ouverture à Bejaia, Bordj Bou Arreridj et Ain Mlila. Nous avons toujours veillé à couvrir autant que faire se peut les principales régions du pays sans oublier l’Algérie profonde.

 

Notre stratégie de développement s’articule sur le financement des besoins des opérateurs économiques en biens d’équipement et en matières premières sans négliger les produits de large consommation tout en priorisant les secteurs à haute valeur ajoutée. Notre politique de crédit est certes très sélective et s’inscrit dans le cadre d’une gestion rigoureuse des risques et du respect des équilibres financiers prescrits par la réglementation de la Banque d’Algérie.

Ceci dit nous accompagnons nos partenaires dans leurs projets et leurs business selon une logique gagnant-gagnant en les soutenant dans les moments difficiles tout en prévenant toute dérive vers le surendettement ou le crédit abusif.

Notre plan stratégique accorde une importance particulière à la mobilisation de l’Epargne des ménages à travers des formules de placement chari’a compatibles fondées sur le partage des profits générés par leurs dépôts.

Dans le cadre de cette stratégie d’inclusion financière nous avons beaucoup investi dans les produits de la monétique (carte CIB et visa internationale)de l’e-banking et du mobile banking et nous travaillons actuellement sur un projet de mobile paiement.

Cette stratégie audacieuse de pénétration du marché et d’innovation financière a permis à la banque d’accroitre sa part de marché et une croissance soutenue et ascendante de ses principaux indicateurs d’activité durant les 5 dernières années :

  • Total bilan a enregistré une croissance annuelle moyenne de 35%
  • L’encours des financements octroyés à la clientèle a enregistré une croissance annuelle moyenne de 46%
  • Les dépôts de la clientèle ont connu une croissance annuelle moyenne de 45%.
  • Le PNB de la banque a augmenté en moyenne de 44% annuellement
  • Le résultat net de la banque a augmenté en moyenne de 60%

2/ les pouvoirs publics ont pris la résolution de promouvoir la finance islamique. Quels seraient selon vous les meilleurs produits que la banque islamique pourrait offrir afin de répondre à la double préoccupation de l’heure : à savoir capter ‘l’épargne des ménages et d’autre part mettre à la disposition des investisseurs une alternative de financement adaptable à leurs attentes?

 

Nos formules de crédit reposent sur des contrats de vente à tempérament                (Mourabaha, Bai’e adjil, baie bitakssit) de leasing financier ( Ijara tamlikiya ) ou opérationnel ( Ijara tachghiliya ), des avances de trésorerie sous forme d’achat à terme de marchandises ou de produits manufacturés assortis de mandats de commercialisation par le client ( Salam ou istisn’a ), de réalisation (Istisn’a ) ainsi que des formules de financement participatifs basées sur le partage des pertes et profits ( Moucharaka – Moudharaba).

Les épargnants disposent de la possibilité de fructifier leur fonds à travers des livrets d’épargne ordinaires  omniyati  ou spécifiques tels que le livret Hadiyati(livret-cadeau) ou omrati(livret assorti de facilités de paiement des prestations omra par des agences de voyage conventionnées).

 

Nous proposons aussi aux ménages et aux entreprises l’opportunité de placer leurs liquidités dans des dépôts ou des bons d’investissement à terme. Le rendement de ces différentes formules est très attractif et est versé à chaque fin de trimestre au prorata de la période de placement courue.

 

Tous ces produits d’épargne et de crédit sont révisées et certifiés conformes par un chari’a board composés de 5 oulémas spécialiste en droit musulman des affaires. Ce conseil de la chari’a désigné par l’assemblée générale des actionnaires s’assure aussi de la régularité chariatique de la mise en œuvre de ces produits à travers une structure d’audit chari’a au sein de la Banque.

 

Cependant nous ne manquerons pas d’insister que la conformité des prestations bancaires à la chari’a est certes importante mais ne portera tous ses fruits que si elle est appuyée par une qualité de service et une écoute permanente et efficient des attentes et besoins des opérateurs économiques et des ménages.

Nous nous attelons en permanence à développer de nouveaux produits innovants pour cibler des besoins spécifiques. Par exemple, nous proposons une formule d’Ijara – services pour financer les frais de formation pour des professions libérales ou des entreprises en faveur de leurs employés pour les encourager à aller de l’avant dans le perfectionnement professionnel en soulageant leurs trésoreries.

Dans le même ordre d’idées, nous avons développé un produit de financement de la location à des fins d’habitation ou d’activité professionnelle pour répondre aux besoin des populations dont le niveau de revenu ne permet pas l’accès au crédit d’acquisition de biens immobiliers. Bref, la réussite de toute stratégie de bancarisation repose sur la capacité de la place bancaire à épouser les réalités et les évolutions socio-économiques de son environnement.

3/ Comment intéresser les particuliers et les inciter à éviter la thésaurisation et quel rôle votre banque pourrait-elle jouer en la matière ?

 

Je pense que le crédit à la consommation a été un des leviers favorisant l’inclusion financière des ménages en ce qu’il permet aux banques de proposer des formules d’épargne et de paiement à même de stimuler l’usage des services bancaires élémentaires par les citoyens dans leur vie quotidienne.

 

Par ailleurs, le développement du digital banking et particulièrement le mobile banking est susceptible d’induire un changement progressif des mentalités et des comportements des consommateurs et des commerçants en réduisant au fur et à mesure la part du cash dans les transactions commerciales de base.

 

Reste la problématique du commerce informel qu’il convient de traiter avec une approche inclusive et attractive pour convaincre ces acteurs que leur intérêt est de travaillerdans la transparence et la régularité. Des réforme en profondeur de notre fiscalité et de notre organisation commerciale outre l’élargissement de l’offre des services bancaires et financiers conformes à la chari’a contribueront de manière significative à la résorption de ce phénomène pour peu que l’ensemble de ces paramètres s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie globale d’inclusion financière cohérente et ordonnée.

 

4/ Quelle est votre appréciation du marché de la finance islamique en Algérie ? Est-elle en train de se développer et est-ce que les appréhensions des entrepreneurs ont été levées par rapport à des produits de financements pas toujours connus ?

 

Il s’agit d’un marché en plein essor en dépit d’un taux de pénétration assez modeste comparativement à la prédominance encore manifeste du secteur bancaire public qui détient 87% du marché. Toutefois, c’est un secteur qui connait un taux de croissance annuelle à deux chiffres et qui accroit graduellement sa part de marché. L’avènement des nouveaux acteurs notamment les guichets islamiques des banques publiques à grand réseau élargira d’avantage l’offre de ces produits et contribuera d’autant à la bancarisation d’une part significative des transactions et des liquidités informelles.

S’agissant des questionnements auxquelles vous faites allusion sur la conformité à la chari’a des pratiques bancaires islamiques, ils s’agit de de formules consacrées dans le fikh et adaptées au contexte de la banque moderne substituant la logique de l’investissement et du commerce direct aux instruments classiques de l’emprunt et du prêt assortis d’intérêts.

L’industrie bancaire islamique possède ses propres standards chariatiques, comptables, d’audit, de gouvernance et de gestion des risques adoptés par des instances internationales de normalisation à l’instar de l’Auditing and accounting for islamic financial institutions ( AAOIFI ) basé à Manama, l’islamic financial services board            ( IFSB) et l’International Islamic liquidity management corporation ( IILM ) implantés à Kuala Lumpur.

En Algérie, outre le contrôle exercé par le Conseil Chari’a de chaque banque       (obligation devenue règlementaire avec les derniers textes de la Banque d’Algérie), le Conseil Islamique supérieur a institué en son sein une instance Chari’a centrale chargée de certifier la conformité chari’atique des produits présentés comme tels par les banques de la place et ce, préalablement à leur autorisation par la Banque d’Algérie.

Ceci est de nature à conforter la crédibilité chari’atique de ces produits et à rassurer les opérateurs économiques et les particuliers sensibles à ces questions.

Quant à la capacité de ces produits à satisfaire les besoins de ces opérateurs et de l’économie en général, je pense que l’expérience des deux banques islamiques pionnières (Al Baraka et Salam) est assez édifiante à cet égard au regard de l’engouement que suscitent leurs produits au sein de la population.

 

5/ En deux mots si vous devez inciter des clients à opter pour la banque islamique quel argument développerez-vous à cette fin ?

Je dirais : Services bancaires modernes, flexibles, peu onéreux, rémunérateurs et conformes aux convictions religieuses des citoyens.


6/ un dernier mot sur l’expérience Essalem banque.

 

Une expérience illustrant un nouveau concept en vogue dans la science économique moderne : L’économie mauve qui associe le facteur culturel à la croissance et au développement durable. L’économie et la sociologie étant intimement liés, il serait irréaliste de réussir un modèle de développement sans prise en compte des particularités religieuses, culturelles et comportementales de notre société. A travers le très modeste parcours de notre jeune institution, nous pouvons toucher du doigt cette corrélation qui explique notre réussite dans un environnement très concurrentiel et encore dominé par les pratiques conventionnelles.

Propos recueillis par Karim. A

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