Élan de solidarité avec les populations sinistrées par les incendies: Témoignage d’une jeune bénévole

Farah, 36 ans, est maman de deux enfants. Cadre supérieure dans une entreprise publique, elle se cantonnait dans son confort, jusqu’à cette soirée du 10 août.

« Je voyais défiler sur mon fil d’actu des images poignantes des incendies ravageant des villages et une population en détresse. Rester à me lamenter sur le sort de mes compatriotes en Kabylie derrière l’écran était frustrant. J’ai décidé d’agir » raconte-elle .

La jeune femme appelle des copines pour leur parler de ses intentions. Elle adhérent immédiatement au projet.

C’était mardi soir, premier jour de départ de plusieurs incendies dans les hameaux des hauteurs de Tizi-Ouzou. Le groupe d’amies organise une collecte de dons dans un cercle restreint des proches. «Nous avons sollicité les parents et les amis intimes. Nous voulions acheter des traitements pour brûlures mais aussi un nécessaire de protection contre la Covid, des couches bébés et des denrées alimentaires » raconte Farah.

Le lendemain, une de ses amies intimes lui demande de venir en urgence chez elle. Elle lui remet un lot de masques chirurgicaux, des boîtes de gants en latex, des lingettes désinfectantes, des couches pour bébé, des livres pour enfants et…. un bijou en or à vendre. Farah n’a pas voulu prendre la chaînette en or. Son amie a insisté, lui disant que les sinistrés ont plus besoin de ce qu’il représente en valeur numéraire.

«Voulant participer à l’opération, le bijoutier a surestimé le bijou. J’étais très émue » rapporte notre interlocutrice.

De l’étranger, un couple ami lui transmet une somme d’argent par le biais d’un cousin. “Avec ma contribution, et celle de ma propre famille, j’ai réussi à réunir une coquette somme au moins de 24 heures. J’ai passé la journée à faire le tour des pharmacies pour acheter de la biafine, du tulle gras, des compresses stériles, de la Betadine, de l’alcool chirurgical, du sérum salé, de la paracetamol… Là où je passais, je rencontrais d’autres personnes qui prenaient aussi des quantités de ces produits pharmaceutiques. Dans certaines pharmacies, on nous a remis des produits gratuitement » poursuit-elle.

Elle projette d’acheminer, avec son mari et deux collègues les dons vers Tizi-Ouzou. La veille du départ, survient un drame terrible. Un jeune artiste, Djamel Bensmail, est lynché par une foule en furie puis immolé à Larbaa Nath Iraten.

«J’étais complètement abattue. Je ne comprenais pas comment pouvait-on être aussi inhumains. J’ai envisagé de reporter le déplacement. Après une nuit blanche à pleurer le sort du jeune homme et des victimes des feux, j’ai décidé de partir malgré tout ».

Le quatuor charge les malles et les sièges arrières de deux véhicules. A l’entrée de la ville des Genêts, il rencontre des bénévoles locaux qui les emmènent à deux agglomérations sinistrées : Ain Hammam et Larbaa Nath Iraten.

« Discuter avec les familles nous a permis de cerner leurs besoins. Nous avons constaté de visu l’ampleur du désastre » témoigne Farah. La route sinueuse, menant à Ain Hammam via Beni Yenni et Yatafene, est bordée de bois réduits en cendre. Le spectacle est lunaire, la chaleur insoutenable et l’air tendu irrespirable par la fumée. Les villages n’ont ni électricité, ni gaz, ni eau potable.

« Nous avons acquis un groupe électrogène au profit du comité de village d’Ifernouhen. Samedi, nous avons envoyé une autre quantité de dons à Tizi-Ouzou. Nous entamons déjà une troisième opération » énumère la jeune maman. Elle et ses amies ont créé un groupe privé sur Messenger. Ainsi, elles coordonnent leurs actions avec leurs interfaces en Kabylie.

Anais B.

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